Les lumières de septembre, Carlos Ruiz Zafón

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Je vous recommande fortement de plonger dans l’univers de l’auteur, vous ne serez pas déçu du voyage et en ressortirez avec une seule envie, celle de vous tourner vers ses autres ouvrages !

Le seul regret est peut-être que cela se termine si vite, on voudrait encore accompagner cette famille, explorer plus avant la mystérieuse demeure de Cravenmoore et en apprendre plus encore sur son non moins mystérieux propriétaire.

« 1937. Quand Simone Sauvelle, sa fille Irène quinze ans, et Dorian, son jeune fils, arrivent en Normandie après avoir quitté Paris, ils tombent immédiatement sous le charme de Lazarus Yann, fabricant de jouets mondialement réputé, et de son étonnante demeure, Cravenmoore. Composée d’innombrables pièces et corridors qui se perdent dans une obscurité insondable, Cravenmoore est peuplée de marionnettes qui semblent mener une existence indépendante. Mais très vite une ombre, désespérée, brûlante de haine, cherche à tuer la famille Sauvelle. Pourquoi s’en prend-elle ainsi à ces nouveaux arrivants? Quels secrets ont-ils menacés?

La réponse se trouve dans le journal intime d’une jeune femme disparue des années auparavant. Et auprès d’une femme oubliée du monde depuis vingt ans, dans une chambre gardée par de terrifiants pantins. »

 

Carlos Ruiz Zafón, principalement connu pour sa tétralogie du Cimetière des livres oubliés, nous emmène cette fois en Normandie pour une histoire avec vue sur le Mont Saint Michel. Il s’agit ici en réalité de son troisième roman, dernier tome du Cycle de la brume (mais pouvant se lire indépendamment) publié en Espagne en 1996, il nous aura fallu attendre 2012 pour le voir traduire en France.

L’écriture est toujours aussi belle, le roman est très bien écrit et le regard du lecteur vole de mot en mot au fil des pages qui s’enchaînent a toute vitesse, il est facile à lire par tous mais sait maintenir la qualité de la plume. Le livre est destiné à un public de jeunes adultes/adultes, mais je pense tout a fait adapté aux adolescents, à l’approche de la période d’Halloween il est parfaitement dans l’atmosphère de cette période de l’année et saura réserver quelques frissons aux plus impressionnables, sans jamais trop en faire cependant.

L’histoire commence en 1947 par une lettre adressée à Irène, évoquant les événements ayant eu lieu il y a dix ans a Cravenmoore, avant de nous ramener dans le passé en 1936 pour y assister directement. L’auteur nous plonge immédiatement au coeur de l’histoire, en l’espace de quatre pages nous voilà arrivé en Normandie avec la famille Sauvelle, a l’ombre du manoir nous toisant de toute sa hauteur, derrière nous le bruit des vagues se brisant comme les falaises. Après avoir pris le temps d’installer chaque élément, les engrenages s’emboîtent et se mettent rapidement a tourner à plein régime, nous entraînant vers le dénouement.

Si cette fois fois l’auteur ne nous fait pas voyager en Espagne à travers les descriptions dont il a le talent, retranscrivant magnifiquement l’atmosphère du lieu, il nous montre qu’il sait faire de même peu importe où il situe l’action de ses romans. Chaque lieu va transpirer de son atmosphère en dehors des pages pour nous immerger totalement, d’autant plus si vous le lisez à la tombée du jour, la maison de Lazarus n’est pas qu’une maison mais un labyrinthe de pièces sur lesquelles plane les mystères, marionnettes, sculptures et créations en tous genres peuplant chaque recoin, observant le visiteur du coin de l’oeil, semblant attendre le bon moment pour s’animer. La forêt avoisinante n’est pas qu’un écrin de verdure mais réserve une ballade accompagnée par les arbres sur les troncs desquels on voit encore la marque de ce qu’il s’est passé pendant la nuit, et l’oiseau passant au-dessus de votre tête n’est autre qu’une création en métal de Lazarus.

L’univers du livre mêle histoires de familles, histoires d’amour contrariées et d’amours naissantes, à un monde où une forme de magie semble exister, dans lequel on ferait bien de se méfier de celui qui a une proposition trop belle pour être vraie à nous faire. Oscillant entre les secrets du passé et ceux du présent, ils sont nombreux et seuls deux adolescents sont sur la piste, mais n’avons-nous pas mieux fait d’en laisser certains reposer en paix, qui sait quels événements peuvent découler de leur découverte…

Clémence.

Les lumières de septembre – Carlos Ruiz Zafón – 2012 – Grand format éd. Robert Laffont,  260 pages, 19euros, format poche éd. Pocket, 6,95euros.

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En Amazonie de Jean-Baptiste Malet ; Une plongée alarmante dans un entrepôt logistique

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Quand on dit Amazonie, on pense à l’une des plus grandes forêts du monde sur le continent Sud-Américain, on pense aussi à la grande biodiversité qu’abrite cet espace immense. Pourtant, ce livre ne parle pas du tout de la forêt amazonienne et de sa biodiversité. Au contraire, ce reportage permet au lecteur de comprendre le fonctionnement de la multinationale Amazon, crée par Jeff Buzos en 1995. Grâce à cette enquête, le lecteur passe de l’autre côté de l’écran et découvre ce qu’il se passe après avoir cliqué sur « commander ».

Désolée, donc de vous décevoir, mais ce n’est pas un livre parlant de nature. C’est un documentaire saisissant sur une réalité inconnue de beaucoup de consommateurs.

Jean-Baptiste Malet est journaliste. Aux mois de novembre et décembre 2012, il se fait embaucher dans l’entrepôt logistique d’Amazon.fr à Montélimar en tant qu’intérimaire afin de contourner l’obligation de silence que doivent respecter les employés d’Amazon selon leur règlement intérieur. En effet, Amazon refuse de divulguer des informations à la presse concernant les conditions de travail de ses employés.

Enfin recruté dans cet entrepôt après diverses réunions et divers tests obligatoires et difficiles, Jean-Baptiste Malet fait son travail de « pickeur » comme tout bon intérimaire qui a besoin d’argent. Il prélève dans les rayonnages les différents articles afin que les « packeurs » puissent les emballer et les expédier à leur destinataire le plus rapidement possible. En plus de ce travail harassant de nuit, le journaliste écoute, observe, discute avec des employés intérimaires ou en CDI et en rentrant chez lui au matin, il consigne ses notes dans un journal de bord. Il ne veut rien oublier de ce qu’il a vécu là-bas, chaque élément étant important pour son enquête.

« Comme un chariot, une bin ou un produit, je suis moi aussi un produit Amazon ; le code-barres de mon badge signale ma réalité physique. » (p71)

Le lecteur découvre au même rythme que le journaliste l’a vécu, les difficultés dans lesquelles travaillent les employés d’Amazon une nuit de travail très longue, des temps de pause très courts, une pointeuse mal placée, des économies réalisées sur le dos des salariés, l’interdiction de parler et les ordres des leaders et managers qui demandent sans cesse aux intérimaires d’augmenter leur rentabilité, et donc leur rythme de travail en leur promettant un CDI au mois de janvier. Comme la carotte pour que le cheval avance…

Et pourtant, Amazon se veut bienveillante puisque dans cet entrepôt tout le monde se tutoie, ainsi il n’y a pas de problème de hiérarchie, le tutoiement facilitant la communication. Par ailleurs, le slogan de l’entrepôt d’Amazon est « work hard, have fun, make history ». Même en travaillant dur, les employés doivent s’amuser et pouvoir entrer dans l’histoire. C’est ce que promets ce slogan. D’un certain côté, la multinationale le respecte puisqu’elle distribue chaque semaine dans les salles de pause des quizz de culture de masse (séries télévisées, films blockbusters hollywoodiens du moment, groupes de l’industrie musicale).

Au-delà des conditions de travail qui font penser au XIXème siècle, c’est l’aspect inquiétant d’Amazon qui dévore tout le marché qui fait réfléchir le lecteur par l’intermédiaire du journaliste. Amazon a commencé à être une simple librairie en ligne. Aujourd’hui, la multinationale vend de tout, de A à Z, comme l’indique la flèche sur son logo allant du A au Z d’Amazon. Dans son livre, le journaliste critique vivement Amazon pour ce que la multinationale représente comme danger pour les librairies de France. Car loin d’être une librairie, l’entrepôt logistique de Montélimar est géré par informatique et les articles ne sont pas triés par genre de livres, ni même par catégorie d’articles : il n’y a pas les vêtements d’un côté et les livres de l’autre. C’est ainsi que Jean-Baptiste Malet a une nuit prélevé la Pléiade de Voltaire, rangée à côté de la boîte d’un slip pour homme en coton.

Reportage très important autant pour les futurs libraires que pour le reste des internautes.

Grand format : En Amazonie, Infiltré dans le meilleur des mondes, Jean-Baptiste Malet, Fayard, mai 2013, 168 pages, 15€.

Format poche : En Amazonie, Infiltré dans le meilleur des mondes, Jean-Baptiste Malet, Pluriel, mars 2015, 192 pages, 7,50€

Jade

 

« À son image » de Jérôme Ferrari – un roman empreint d’une magistrale solennité

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À son image-Jérôme Ferrari, @kevinroussel

Dans son nouveau roman paru en août aux éditions Actes Sud, Jérôme Ferrari  nous invite à entrer dans la réalité d’Antonia une photographe corse qui décède tragiquement à bord de sa voiture après une embardée dans le ravin de l’Ostriconi … Tout au long du roman on prend la température de la Corse des années 80 /90. C’est pendant ces années « de plomb » que vont se succéder les liturgies des enterrements, les vengeances et autres règlements de compte entre les différentes mouvances nationalistes clandestines. Ferrari traite un sujet qu’il connait bien. Dans une narration dotée d’un lyrisme glaçant et émouvant, il réussit à capter avec une bonne résolution la vie des « paese« ; ces villages de corse, ainsi que l’ancrage de la foi et la tradition du « lamentu » à travers l’œil du prêtre chargé de l’enterrement d’Antonia qui est à la fois son oncle et son parrain. On verra aussi qu’Antonia  aura vécue une vie sentimentale et familiale difficile puisqu’elle  devra conjuguer avec un frère qui décide de prendre le maquis et un amant militant nationaliste faisant le pendule entre la prison et la liberté.

La Mort, la Photographe et la Photographie 

La photographie et la Mort sont deux thématiques incontournables du roman,  par le biais d’intéressantes réflexions on découvre que « les hommes aiment à conserver le souvenir émouvant de leur crimes, comme de leurs noces, […] L’invention de la photographie leur a donné l’irrésistible occasion de céder à ce penchant.  » ou bien le fait que des photos peuvent s’attacher à révéler des obscénités car « elle ne montrent rien mais ce qu’elle suggèrent est très clair et c’est encore pire »  et c’est justement  ce qui entraîne un choix du photographe de les rendre publiques ou non. C’est aussi dans ce cadre que la Mort s’immisce et nous répugne car  » les vivants mêmes sont transformés en cadavre parce qu’a chaque fois que se déclenche l’obturateur la mort est  déjà passée« 

Entre Corse et Yougoslavie 

Dans ce livre on passe de la Corse à la Yougoslavie pour revenir à la Corse dans un entremêlement qui permet de comprendre le personnage de Dragan. Parallèlement à la situation sanglante en Corse, la Yougoslavie est le théâtre d’une guerre douloureuse. Pour échapper à la banalité de son quotidien dénué d’adrénaline et baigné par les larmes, Antonia décide de partir en tant que photographe-reporter libre pour couvrir les événements en Yougoslavie. Une oscillation bien orchestrée pour un résultat d’ensemble d’une grande qualité et d’une étonnante puissance dans les derniers développements du roman.

Je conseille ce livre à tous ceux qui veulent connaître un pan de l’histoire de la Corse, et à tous ceux qui s’intéressent à la guerre en Yougoslavie et enfin à ceux qui cherchent une écriture élégante, une histoire bien ficelée ou le temps se fige au grès des instantanés.

Pour conclure, ces quelques mots en Corse :

Pace à i vivi, riposu a i morti  // Paix aux vivants, repos aux morts 
Da Leghje  // À lire  

Kévin

ISBN  978 2 330 10944 8

La Route de la Conquête

Lorsqu’il s’agit de parler d’un coup de cœur, la démarche est assez simple, il suffit presque de se laisser porter. En revanche, il est plus compliqué de devoir choisir de quel coup de cœur parler. Après quelques atermoiements, j’ai finalement décidé d’évoquer ici l’oeuvre de Lionel Davoust, et plus particulièrement « La Route de la Conquête ».

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Lionel Davoust, depuis plus de quinze ans, développe l’Univers Fantasy d’Evanégyre, au travers de romans se déroulant à diverses époques, autour du pivot historique de l’Empire d’Asreth, qui par tous les moyens à sa disposition, tant diplomatiques que militaires, ambitionne d’assimiler l’intégralité du Monde Connu sous sa bannière; quitte à écraser une résistance trop solide sous le poids de ses soldats mécanisés et de ses canons.

« La Route de la Conquête » se présente sous la forme d’un recueil de nouvelles, nous racontant chacune un aspect de cette conquête sans fin, des points de vue de tous ceux qui la vivent, la subissent ou la font subir; avant, pendant ou après, toujours à leurs échelles respectives.

Et c’est ce point précis qui motive aujourd’hui mon coup de cœur absolu pour l’auteur fabuleux qu’est Lionel Davoust. En seulement six nouvelles, parfois très courtes, il parvient à saisir des histoires rares et puissantes, dans des fresques d’une précision et d’un souffle uniques. Les personnages sont concrets, ne semblent jamais littéraux, mais bien organiques, ils vivent; et surtout ils vivent leurs histoires. Aucun jugement extérieur n’est jamais porté, nous ne voyons et ne comprenons que ce que les personnages eux même appréhendent et intériorisent, rajoutant une couche d’interprétation, et de réflexions à des histoires déjà riches de questionnements et de découvertes.

Car toutes ces nouvelles sont interconnectées, certaines d’entre elles rajoutant d’infimes détails à une histoire passée ou à venir (parfois au delà du recueil lui même!), traçant un gigantesque croquis d’une époque inconnue et révolue, mais dont on se fait tout de même quelques jolis souvenirs. On découvre des pans entiers de Cultures qu’on ne connaîtra jamais, dont on porte le deuil, presque avec le regret de n’avoir rien pu faire d’autre que d’assister à leurs essors ou leurs déclins au travers des mots de l’Auteur.

Et de ces interconnexions naît une quasi-complicité, on discerne des clins d’œil ça et là, on se félicite d’avoir repéré le petit détail caché, la petite référence à un autre roman de l’Univers d’Evanégyre, qui nous donne envie d’y revenir, et de découvrir plus, pour en connaître plus et se faire une mosaïque mentale toujours plus complète de ce que Lionel Davoust a su construire avec une passion toujours plus contagieuse, avec des histoires riches, variées, mais surtout, captivantes et émouvantes.

Merci pour votre lecture,

La Paix d’Asreth pour la Protection du Monde.

La Route de la Conquête, Lionel Davoust, Editions CRITIC |19 euros

 

Benjamin

Royaume de vent et de colères

 

Le royaume de vent et de colères

1596. Deux ans avant l’édit de Nantes qui met fin aux guerres de Religion, Marseille la catholique, s’oppose à Henri IV, l’ancien protestant. Une rébellion, une indépendance que ne peut tolérer le roi.

On se retrouve projeté dans une Marseille séduisante, dangereuse, tourmentée. Dans une taverne en particulier. La roue de la fortune qui fera se croiser le destin de nos protagonistes.

Jean-Laurent Del Socorro nous sert des personnages forts, torturés par un passé douloureux. Des personnages pour qui ces guerres ne sont pas anodines. Ils sont cinq, comme les doigts de la main.

  • Victoire, vieille femme à la tête de la guilde des assassins ;
  • Axelle, ancienne capitaine mercenaire ;
  • Armand, Artbonnier en fuite avec son amant ;
  • Gabriel, Chevalier de Saint-Germain, protestant reconverti au catholicisme ;
  • Et Silas, soldat Turc.

« Les pions sont en place.

Le mistral se lève.

La pièce peut commencer. »

Une histoire divisée en trois actes. Trois actes qui nous montre le présent, le passé et le final de nos personnages. Pourquoi se retrouvent ils ici ? À Marseille ? À ce moment précis de l’histoire ? Qu’est-ce qui les a amené à jouer leur rôle dans la bataille ? Les raisons à agir ainsi ? Tout cela est à couper le souffle jusqu’au point final.

Jean-Laurent Del Socorro ferre son lecteur et lui murmure à l’oreille : « voici pile l’histoire qui te manquait pour retrouver le goût de la littérature »

Ugo Bellagamba

Et je suis tout à fait d’accord. L’auteur nous livre un roman, mêlant fantasy et fond historique, sensationnel. Roman qui emporte le lecteur dès le début, grâce à des chapitres courts mais aussi par une écriture fluide, légère et un rythme soutenu. Rythme qui s’accélère avec le ton de l’histoire, toujours plus, jusqu’à la bataille pour Marseille.

 

Royaume de vent et de colères | Jean-Laurent Del Socorro | éd. Actu sf | 18 euro

Marie

 

 

Le Livre du voyage

Avec plus d’une vingtaine de romans publiés à ce jour, Bernard Werber, écrivain français, s’est fait connaître dans les années 1990 grâce à sa fameuse trilogie des Fourmis.

A la fois anticipateur mais également scientifique, il sait faire voyager ses lecteurs et ouvrir leurs esprits au travers de la science-fiction, de la mythologie et de la spiritualité. Comme Jules Verne avant lui, il se permet de réinventer la technologie et d’inviter les lecteurs à la découverte de nouveaux mondes.

Il réécrit notre propre histoire et met une claque à Darwin tout au long de sa Troisième humanité.

En 1997, il publie Le Livre du voyage, aux éditions Albin Michel, petit roman expérimental d’une centaine de page.

L’invitation au voyage est un thème permanent chez Werber. L’ouverture sur le monde, celle de l’esprit également, rythme le voyage que propose Werber dans ses romans.

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« Bonjour. Je me présente. Je suis un livre et je suis vivant. Je m’appelle Le Livre du voyage. »

 La vie citadine t’oppresse ? Tu rêves de grands espaces ? Ou simplement de faire une pause spirituelle ? Alors ce livre est pour toi.

Tu seras le personnage principal et ton imagination en fera l’intrigue. Le livre du voyage t’invite à ouvrir ton esprit.

Le Livre du voyage s’adresse à toi lecteur, à la première personne. Il te parle, te tutoie même. Il prend les devants en te permettant de t’évader, toi, qui es assis sur ton lit, qui t’ennuies en cours, toi qui es déprimé par le brouillard mulhousien, ou même toi à la terrasse d’un café ou dans le tram bondé.

« Je suis un livre qui a le pouvoir de te faire des choses extraordinaires. »

 

Nous sommes tous à la recherche de notre place dans l’univers, et le voyage commence avec ce livre.  C’est un périple au travers de l’espace et du temps que tu feras grâce au Livre du voyage !

Il inspectera tes peurs, te poussera dans tes retranchements pour te faire redécouvrir ton toi intérieur, faire la paix avec toi-même, et ouvrir ton esprit.

Le Livre du voyage te fera voyager à bien des égards… à la fois à l’autre du bout du monde et du temps ! La vie est là juste devant, toi, mais d’où vient-on ? Et où va-t-on ? Quel est le but de la vie, de la mort ? De l’univers ? Qui sommes-nous ?

Le Livre du voyage t’emmènera faire un voyage intérieur, et te montrera ce dont ton esprit est capable et que tu ignorais peut-être.

Prépare-toi, accroche-toi bien fort au livre, le départ est imminent !

Ein porträt in farbe…

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Chers amis lecteurs et chers collègues libraires, déformation professionnelle oblige, ce n’est pas tant du côté de la littérature ou du roman que vous entraîne l’historien de l’art à l’aube de cette très belle journée d’octobre. Laissez moi donc vous accompagner à la découverte d’une époque, d’une architecture et du mode de vie d’un empire aujourd’hui dissolu, le tout au milieu de paysages enchanteurs et somptueux. Bienvenue au cœur des terres de l’Empire allemand au temps des Hohenzollern !

xl-germany_1900_photochroms-image_06_01137Pages 274 et 275 : Au cœur de l’Allemagne | introduction (page de gauche : Hildesheim, Niedersachsen, Das Knochenhaueramtshaus)

                Imaginez, nous sommes dans la seconde moitié du XIXème siècle et un ensemble morcelé de principautés et de royaumes au portes de l’Europe centrale s’apprête à défaire le puissant Empire d’Autriche et l’orgueilleux Empire français, sous la conduite du royaume de Prusse des Hohenzollern ; subjuguant l’Europe entière. Après les victoires de Sadowa (3 juillet 1866) et de Sedan (4 septembre 1870) s’apprête à naitre au cœur de l’Europe l’un des états les plus modernes, les plus prospères et les plus rayonnants de cette fin de siècle au point de faire de l’ombre au vieux lion britannique. Nous voici donc en 1900 et Wilhelm II (1849 – 1941) règne depuis douze ans sur cet état jeune et plein d’ambition, tout comme son empereur. Voila pour le contexte et maintenant je vous propose de vous plonger corps et âme au cœur des merveilles oubliées de ce superbe ouvrage.

Germany_Around_1900_7_1024x1024Pages 480 et 481 : En remontant le Rhin vers la Forêt-Noire | Sigmaringen (page de gauche : Le château de Hohenzollern, près de Hechingen, Baden-Württemberg)

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Goupil ou face… ou comment apprivoiser sa cyclothymie

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Goupil ou face, paru aux éditions Vraoum en 2016, ce n’est ni plus ni moins que la vie très mouvementée de son auteure, Lou Lubie. Ou, pour être plus précise, l’histoire de sa vie influencée par un mal encore très méconnu, la bipolarité.

Aux allures enfantines et légères, cette bande-dessiné autobiographique risque d’en surprendre plus d’un, de par sa justesse et sa maturité au regard du thème abordé :

L’histoire commence en nous dépeignant la jeune Lou, en proie à des émotions et des états d’esprit pour le moins intenses. Diagnostiquée dépressive, et persuadée de l’être, Lou décide tant bien que mal de poursuivre ses rêves et sa vie en tentant de se soigner. Vainement. Puisqu’en effet, après bien des années passées à faire des rechutes, notre héroïne se décide à retourner voir une psychologue. Celle-ci, contre toute attente, ne lui dépeint pas son mal comme une dépression mais comme un trouble de l’humeur, autrement dit une bipolarité instable. C’est alors que la vie de Lou bascule. Elle, bipolaire ? Cherchant dans un premier temps à écarter cette éventualité, elle sera très vite rattrapée par sa maladie. Et cherchera alors, bien obligée, à l’apprivoiser.

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Ce récit, porté par une dessinatrice déjà plébiscitée par le public à travers blogs et forums, réussit à sensibiliser son public grâce à divers procédés. Dans un premier temps, le dessin. Simple, sobre, efficace. Mais aussi sensible. Il s’agit là d’une manière claire mais aussi tendre de représenter à un large lectorat un sujet encore tabou, celui des maladies mentales. Ainsi, Lou Lubie parvient, à travers ses personnages, à nous représenter jusqu’à la bipolarité elle-même, sous les traits d’un renard… Cette personnification s’avérera d’autant plus efficace car accompagnée de schémas simples, permettant d’ajouter au témoignage une touche d’authenticité scientifique.

Dans un second temps, et il s’agit là de l’un des points forts de cet ouvrage, c’est le regard porté sur la maladie qui est très vite dégagé et approfondi. Puisque si le récit débute en nous rendant témoins de l’évolution de l’auteure vis à vis de sa maladie, c’est ensuite son rapport à la société, et le rapport de la société à sa bipolarité qui va être abordé. Cette structure de l’histoire en deux temps nous permet alors d’appréhender la vision de Lou Lubie. Elle se veut à la fois sincère, tendre, mais aussi sans apitoiement. Et il s’agit là d’une grande force : Abordant le thème avec humour tout en énonçant méthodiquement, presque médicalement, les tenants et les aboutissants de sa cyclothymie, l’auteure parvient à garder son lectorat dans une optique de divertissement tout en évoquant sérieusement la question de la bipolarité et des problématiques qu’elle engendre.

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Ainsi, Lou Lubie parvient à créer un récit sensible, loin d’être dans une optique de faire prendre conscience à son public qu’il est lui aussi concerné par ces troubles. Sa bande-dessiné, au delà de cet état d’esprit, se place dans le monde littéraire comme un éveil à des questions jusqu’ici peu abordées, encore méconnues du grand public alors qu’essentielles. Et si il s’agit là d’un pari risqué, Lou le relève avec brio grâce à un style fin, authentique, et à une écriture subtile jouant habilement sur les mots. Comme nous le révèle d’ailleurs le titre…

Un défi relevé haut-la-main, qui vous fera passer un bon moment – car, au delà de la dimension scientifique, ce livre est aussi très amusant par bien des aspects ! Et que je vous recommande chaleureusement, que vous soyez sensibles à la question ou non.

Noémie

La Vraie Vie ?…

La Vraie Vie. C’est le premier roman que signe Adeline Dieudonné, écrivaine belge ayant déjà écrit trois nouvelles, et on ne peut qu’espérer que d’autres livres suivront, car l’écriture puissante et envoûtante d’Adeline Dieudonné mérite d’être partagée, diffusée, lue et vécue.

L’histoire…

C’est celle d’une petite fille de dix ans, que l’on verra grandir au fil des pages. Une petite fille dont nous ne connaissons pas le prénom, mais qui forme un personnage entier, fort, plein de vie. On suit ses pensées, et ce point de vue interne nous permet d’intérioriser complètement ce que ressent la jeune fille, on vit l’horreur qu’elle vit, l’amour qu’elle ressent, la soif de liberté qui bouillonne en elle.

C’est l’histoire d’une famille vivant dans un quartier pavillonnaire, où tout est gris, où toutes les maisons se ressemblent, et où l’espoir d’une vie meilleure semble anesthésié par la vie familiale étouffante… Cette famille c’est un père chasseur sanguinaire, une mère « amibe craintive » totalement effacée, une jeune fille assoiffée de vie et son petit frère, Gilles, au rire éclatant.

Cette fille et son petit frère s’évadent comme ils le peuvent, la décharge de voitures est leur terrain de jeu quotidien. Ils partagent des moments de joie volée, pleins d’imagination. Les journées sont marquées par le passage du marchand de glace dans le quartier et sa Valse des fleurs de Tchaïkovski.
Un jour, un événement survient, et ce petit monde qui tenait tant bien que mal s’effondre.
Gilles ne rit plus, devient de plus en plus sombre.

Dans une pièce de la maison : des animaux empaillés, trophées de son père. Une hyène, effrayante, que la jeune fille s’imagine prendre le pouvoir sur l’esprit de Gilles. Le maléfice s’empare de lui, le ronge petit à petit. Il devient plus proche du père, partage la même haine.
C’est décidé : elle fera tout pour ramener le rire de Gilles, le sourire sur ses dents de lait, combattre la vermine qui dévore son esprit.

La naïveté et l’imagination enfantine nous émeuvent, et accentuent la violence de la réalité cruelle que vit la jeune fille. Son imagination et son courage sont ses seules armes. C’est un réel combat contre la haine, contre son père, que vit cette si jeune héroïne que nous ne pouvons qu’admirer.

L’écriture…

Elle est simple, sans fioritures, touchante et relevant beaucoup de l’imaginaire. Le langage très métaphorique rend le récit d’autant plus vivant.

Le récit prendrait presque des allures de conte… Les personnages sont peu nommés (à part Gilles), mais présentent des caractéristiques fortes qui les identifient ; la jeune fille surnomme ses voisins : La Plume, le Champion ; la forêt derrière la maison est Le Bois des Petits Pendus ; la jeune fille croit à la magie pour retourner vers le passé et changer sa vie…

Enfin, comme l’indique le titre même, l’ouvrage joue avec les limites de la fiction et du réel, on est face à une situation vraisemblable, proche de la réalité, mais à certains moments on se dit que ça n’est pas possible, que ce cauchemar va trop loin… et pourtant, on y croit, du début à la fin. On est happés, et terrorisés par cette violence psychologique et physique, sociale et familiale, qui ne semble que trop vraie.

« Les histoires, elles servent à mettre dedans tout ce qui nous fait peur, comme ça on est sûr que ça n’arrive pas dans la vraie vie » dit la jeune fille à son petit frère. Elle n’est pas sûre d’elle à ce moment. Mais c’est ce choix de croire que la vie peut être autrement que cruelle qui la sauvera. Et qui fait de ce livre un bijou d’écriture : plein de vie, d’espoir et de courage.

La Vraie Vie, Adeline Dieudonné, éditions L’iconoclaste, août 2018, 266 pages, 17€.

 

Justine M.

La Vraie Vie