Une Rose et un Balai… antithèse de la vie?

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Ce livre est arrivé entre mes mains il y a quelques mois, lorsque je demandais à un ami libraire un livre nouveau, « qui change », qui me « fasse du bien ». Dès les premières lignes, j’ai compris qu’il avait misé juste. Ce livre m’a fait sourire et rire, m’a questionné sur la manière de voir la vie, de voir les gens et les choses, sur la manière d’être au monde.

C’est pour moi un petit bijou de littérature, comme on en trouve que rarement. A lire absolument !! Lire la suite

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La Nuit des masques

« Welcome to my house ! Enter freely. Go safely, and leave something of the happiness you bring. »

Count Dracula to Jonathan Harker, in Bram Stoker’s Dracula published in 1897
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Tombes et monuments funéraires de la seconde moitié du XIXème et de la première moitié du XXème siècle au cimetière municipal de Sarreguemines (Moselle)

                Vous n’avez pas encore remarqué ? Non ? Malgré les arbres ayant pris leur ravissantes teintes ignées et l’astre flamboyant qui se meure un peu plus de jour en jour à chaque fin d’après-midi ; en prélude à son immortelle victoire au solstice. Néanmoins ne brûlons pas les étapes, une autre que moi se chargera d’en faire l’éloge et ce n’est pas la raison de ma présence ici.

En cette heure la brume se lève depuis les berges, dans les lueurs mourantes du jour, et envahit la campagne. Tandis que Séléné se lève perçant de son halo blafard les fins nuages grisâtres venus augurer l’approche de l’hiver, pendant que le vent balaie les feuilles le long des routes et des chemins sous le ciel brisé. Octobre arrive à son terme et, avant le froid de novembre, plante le décor pour le moment où le temps de l’autre monde va brièvement se confondre avec le nôtre au cours de quelques journées mais surtout après le crépuscule.

À l’occasion de ces nuits de Samhain ou l’irréel fantasmatique et délétère côtoie notre morne et petite réalité, laissez-moi vous entraîner au creux des frondaisons tombantes et sous la pâleur verdâtre de la lune pour une promenade nocturne entre les tombes. Je vous sens inquiets. Un problème ? On dirait que je vous fais peur tout à coup… Cependant rassurez-vous ! Tant que vous suivrez ma providentielle lanterne je vous promets que vous ne vous perdrez pas dans les ténèbres et le brouillard. Enfin quoique… mais libre à vous de rebrousser chemin et de repartir par où vous êtes venus ! Non ? bon très bien…

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En cette occasion découvrez un roman, une novella, deux anthologies de nouvelles, un catalogue d’exposition, un beau-livre et trois bandes-dessinées !

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Le livre qui a laissé à mes lectures suivantes un goût un peu fade …

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Aujourd’hui, je vous présente un livre fait d’humanité et de délicatesse, et une famille pleine de tendresse et d’humour : la famille Walsh-Adams.

Après leurs quatre fils, Roosevelt, Ben, et les jumeaux Rigel et Orion, Rosie et Penn tentent encore une fois leur chance, afin de réaliser leur rêve d’avoir une petite fille : neuf fois mois plus tard naît Claude. Dès son plus jeune âge, il se distingue de ses frères ; il préfère les robes aux pantalons, choisit un cabas pour le déjeuner en cuir rouge verni, et rêve de cheveux si long qu’il pourrait s’asseoir dessus. Quand il sera grand, Claude veut devenir Poppy. Lire la suite

Là où les chiens aboient par la queue ou « Cé la chyen ka japé pa ké » en créole

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Ce récit familial, je l’ai d’abord abordé sans grand enthousiasme, l’histoire des Antilles ne me passionnant pas. Et pourtant, j’ai découvert avec délice l’écriture d’Estelle-Sarah Bulle qui nous entraîne sans difficulté dans l’histoire de cette famille. Une écriture qui crée une proximité certaine avec le lecteur et qui nous donne l’impression par moment qu’Antoine notamment ne s’adresse non pas à sa nièce mais à nous.

Les Ezechiel, forment une famille loin d’être parfaite et très attachante. Au fil des pages on découvre toujours un peu plus leur histoire par un récit polyphonique entraînant. On se prend d’empathie pour les personnages et on a envie de les voir s’en sortir, de connaître la fin de cette histoire qu’on semble découvrir presque en même temps que la nièce.

Ce roman je l’ai au final dévoré ! J’ai adoré suivre ses personnages surtout Antoine, femme indépendante, têtue, superstitieuse et qui peut sembler irréfléchie dans ses décisions.

Ce livre, c’est l’histoire haute en couleur d’une famille guadeloupéenne depuis les années 50. L’histoire prend forme à l’initiative de la nièce née en banlieue parisienne qui cherche à comprendre l’histoire de sa famille et ses origines. Pour cela elle va demander à ses tantes Antoine et Lucinde ainsi qu’à son père « Petit-Frère » de lui retracer leur vie.

C’est l’histoire d’une famille guadeloupéenne mais pas seulement. C’est aussi l’histoire de toute la Guadeloupe et plus largement des Antilles qui se profile derrière ce récit. C’est l’histoire de l’exil en métropole de nombreux Antillais, du racisme dans l’île entre ses habitants, de la pauvreté qui est monnaie courante, de la rage de s’en sortir et de l’envie que la réussite suscite chez les autres. C’est aussi la façon de voir la vie des Antillais, de concevoir la famille comme l’explique la nièce dans cet extrait :

« Une amie d’enfance peut être chez nous considérée comme une cousine et désignée comme telle. Des cousins véritables sont à peine croisés puis oubliés. D’autres, enfants adultérins apportés par la pluie et jamais reconnus, deviennent des frères plus chéris que les frères de sang.» p 17

La Guadeloupe est un patchwork d’origines : des blancs « béké », des « nègres » et des métisses qui se classent entre eux suivant que leur peau est plus ou moins foncée. La Guadeloupe est, selon les dires d’Antoine, une salle dont tous les « nègres » cherchent la sortie.

« Tu dis que chez les Antillais, il n’y a pas de solidarité. Mais si tu mets dix personnes dans une salle d’attente, tu crois qu’ils vont finir par former une grande et belle famille ? La Guadeloupe, c’est comme une salle d’attente où on a fourré des Nègres qui n’avaient rien à faire ensemble. Ces Nègres ne savent pas trop où se mettre, ils attendent l’arrivée du Blanc ou ils cherchent la sortie. » p 12

Je ne saurai que vous conseiller de lire ce premier roman qui vous permettra de découvrir la Guadeloupe depuis les années 50 et d’aborder les spécificités culturelles des Antillais parfois déroutantes pour ceux qui sont nés en métropole.

Marianne

Là où les chiens aboient par la queue – Estelle-Sarah Bulle – Ed. Liana Levi – 2018 – 283 pages – 19 €

Filles de la Mer de Mary Lynn Bracht

Je vous propose de partir à la découverte du premier roman de Mary Lynn Bracht : Filles de la Mer.

Mary Lynn Bracht - Filles de la mer.

Ce roman époustouflant, vibrant d’émotion est une perle à découvrir. Filles de la Mer relate l’histoire de deux sœurs sud Coréennes : Anna et Emy violemment séparées pendant la seconde guerre mondiale. L’histoire alterne le récit d’Hanna en 1943 et celui d’Emy en 2011. Hanna et Emy sont des haenyeo, des filles de la mer qui vivent de leur pêche en apnée aux abords de l’ile de Jeju. Ce sont des femmes fortes et indépendantes, caractéristique essentielle pour leur permettre de survivre aux épreuves auxquelles elles sont confrontées. Etre une haenyeo est une source de fierté et de force comme le montre cet extrait :

« « Je suis une haenyeo », dit-elle en le foudroyant du regard. Les mots se mettent à sortir, pareils à une confession. « Comme ma mère, comme sa mère avant elle, et comme ma sœur le sera un jour, ainsi que ses filles – je n’ai jamais été rien d’autre qu’une fille de la mer. Ni vous ni aucun homme ne pourrez me l’enlever. » » p381

Vous avez sans doute déjà entendu parler des femmes de réconfort Coréennes enlevées à leur famille par les Japonais et déportées en Chine dans des maisons closes pour soldats. Mais en entendre parler n’est rien par rapport à la lecture de ce livre qui est par moments glaçant.

Ce roman n’est cependant pas seulement le récit de la vie de ces deux sœurs et des femmes de réconfort. C’est aussi le récit de ceux qui restent, des familles qui ont vu leur fille, leur sœur disparaitre. De ces familles qui ont dû subir l’occupation japonaise, se soumettre et vivre dans la peur chaque jour jusqu’à ce que l’occupation prenne fin. C’est aussi la recherche, le plus souvent sans espoir de celles qui sont parties.

C’est le récit de la guerre et de ses horreurs mais aussi de l’espoir de retrouver celle qu’on a perdue et de l’amour porté à sa famille et à ses origines.

Ce roman poignant se lit d’une traite et ne laisse pas indifférent. Je vous conseille donc de le découvrir.

Info : Pour ceux qui veulent aller plus loin et en apprendre plus sur l’histoire de ces femmes de réconfort et sur l’histoire de la Corée, Mary Lynn Bracht à inclus sa bibliographie à la fin de son livre.

Marianne

Filles de la Mer – Mary Lynn Bracht – Ed. Robert Laffont – 2018 – 432 pages – 22 €

LES AMOURS D’UN FANTÔME EN TEMPS DE GUERRE, Nicolas de Crécy

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« La nuit venue alors que nous dormions dans un abri de berger, j’entendis au dehors un bruit de tissu: un Fantôme Acide gluant, visage de défunt fondu sur la face, volait à bas bruit sur le sentier en amont », p.118

Aujourd’hui je viens vous parler d’un véritable coup de foudre !

Roman graphique pour certains, roman illustré pour d’autres… Ce n’est ni une bande-dessinée, ni un simple roman jeunesse. Les amours d’un fantôme en temps de guerre est une perle rare écrite et illustrée par Nicolas de Crécy.

A la frontière des générations, à la frontière des genres, ce livre possède suffisamment d’ingrédients pour satisfaire tous les lecteurs. A peine ouvert, j’ai été frappé par la beauté du texte et l’éloquence des illustrations. Le trait de Nicolas de Crécy se suffit presque à lui-même pour nous transmettre toute la puissance et l’intelligence du roman. Toutefois, on ne pourrait amputer cette œuvre de sa force littéraire dont la musique des mots n’a cessé de me bercer tout au long de ma lecture.

Dés les premières lignes, je me suis laissée envoûter et j’ai vogué sur le voile blanc d’une vie sublime, faites de courants forts, de périples et de sentiments très purs.  J’espère qu’il en sera de même pour vous !

* * *

Assez parlé… Soyons concrets.

Les amours d’un fantôme en temps de guerre est le récit, à la première personne, d’un petit fantôme d’à peine 89 ans qui nous narre son parcours de jeunesse. Dans une atmosphère détonante, à la fois froide et chaleureuse, -mais jamais lugubre- le roman s’ouvre sur la disparition soudaine des parents de notre petit fantôme si délicat. Abandonné, seul et livré à lui-même jusqu’à l’arrivé de son oncle Boris, il tente de lutter contre l’inévitable tristesse et le désespoir qui l’envahit. La force de sa candeur et sa douceur enfantine le préserve du chagrin et de la peine qui le tiraille. A l’image d’un jeune candide au royaume des draps blancs, notre héros  ne cesse d’interroger toutes les situations. A chaque ligne, la lecture, sublime, nous fait osciller d’une émotion à l’autre. Tout y est, le style, les mots, l’humour, la joie, l’effroi, l’aventure, l’amour, la culpabilité et la tristesse, la couleur et la poésie.

Par ses émotions et ses étonnements, y-compris dans les situations les plus dangereuses, il nous émeut, il nous fait fondre et nous fait sourire. Ainsi, il nous épargne une part de la violence ressentie en cette période de troubles. Car en effet, notre héros se fait peu à peu le témoin d’un tout autre drame…

En quête d’un lieu perdu, il s’ouvre au monde, et sous son regard, nous découvrons, horrifiés, les dégâts causés par la guerre ainsi que l’éveil brutal des luttes entre fantômes. Progressivement, à l’orée de ce monde étrange, l’échos d’une guerre humaine gronde et commence à faire rage. Il en faut peu, pour que le lecteur comprenne rapidement le lien avec la seconde guerre mondiale. La dénomination des Fantômes Acides par l’abréviation « FA » suffit à nous faire entendre le bruit de notre propre histoire. Cependant, l’humour et l’originalité du roman dénote une volonté de plaire avant tout en nous offrant bien des moments de rires en dépit du contexte…Dans cette oeuvre, l’imaginaire domine.

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« Je masquai de ma manche les messages en lettres-nouilles. L’imbécile insistait et sa grande taille lui permit d’apercevoir une phrase qui lui tira un rire stupide. Après quoi, je constatais qu’il commençait à réfléchir, malgré son allure passablement débile. Il s’agissait d’un FA des forces spéciales, je le reconnus à son insigne de AA, autrement dit, c’était un Acide Aigri […] »


Un clair obscur détonnant…

* * *

J’ai aimé…La finesse des illustrations de Nicolas de Crécy qui s’allie merveilleusement à sa plume pour nous plonger dans un royaume taillé dans la neige et les flammes. Au delà des mots, les dessins de Nicolas de Crécy nous aide à comprendre, ce qui se trame dans le monde de notre petit fantôme. Au fil des pages et des rencontres, le petit fantôme se forge un caractère. Très vite, le lien avec la seconde guerre mondiale dessine une satire symbolique de ce conflit mondial. La mémoire du passé s’ouvre aux yeux du lecteur et nous invite à interroger ses conséquences sous un nouvel angle, sans jamais le submerger d’images ou de leçons de morale: tout est suggéré, rien n’est imposé. Le lecteur à lui seul est libre de se créer son propre opinion et de lire entre les lignes les messages subliminaux qui le traversent.

            Sur un fond épique, le petit fantôme tente de se faire une place, d’être fier, fort et courageux. A plusieurs reprises, il tombe amoureux, notamment d’une jeune fille, humaine, pour laquelle il demeure invisible. Cette dernière va vite disparaître …Mystérieusement. De même, il est contraint d’abandonné son petit chien fidèle, « boulette ».

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« J’ai du me séparer de Boulette, son état de mammifère excluait toute possibilités qu’elle m’accompagne dans cette aventure résolument fantomatique […] son regard implorant me prit au dépourvu, je n’avais pas d’autre argument que de lui promettre nos futures retrouvailles, sans y croire vraiment. « 

Puis il entre dans la résistance,  il apprend à se cacher… En somme, son chemin est constamment ébroué, forcé et malmené. Il grandit et lutte contre la haine, toujours emplis d’amour.

   Épique et tendre.

            L’abandon, la solitude et la souffrance de notre petit fantôme curieux est parfois cruellement réaliste. Mais sa générosité, sa bonté et son grand cœur trop souvent mis à rude épreuve nous tendent la main pour poursuivre la lecture… Comme si, inconsciemment, nous espérions pouvoir le serrer dans nos bras. Cela est sans compter l’impossible communication des fantômes du passé avec le monde des vivants. Mais dans cette œuvre, l’amour et la compassion survolent l’interdit et franchissent l’impossible… La littérature est sans borne et Nicolas de Crécy nous le prouve dans ce cadeau littéraire qui nous invite à chérir un fantôme dans un monde qui défit les lois du temps.

* * *

« Les guerres se sont apaisées, celles des fantômes en premier lieu. Les humains se sont calmés à leur tour, au moins de ce côté là de la planète. Il faut dire qu’ils étaient allés dans les zones les plus boueuses de leur expérience d’anéantissement général. A croire que l’extinction de leur propre espèce est une composante de leur nature profonde »

* * *

Ecrit pour les jeunes adultes comme pour les moins jeunes, l’intensité et la richesse de cette lecture nous offre plusieurs niveaux de compréhension.

Ce roman hypersensible m’a profondément bouleversé. La poésie et le talent de Nicolas de Crécy lui permettent de signer une œuvre tendrement philosophique à la croisée des chemins entre la fable visionnaire, l’hommage et le conte merveilleux.

Si ce roman demeure inclassable, pour ma part, je le rangerai dans la case des « Bijoux littéraires » à retenir dans sa bibliothèque. Sur ce, je m’en vais de ce pas me cacher sous mon drap blanc. Je vous laisse  découvrir ce superbe roman et en percer tout ses mystères. Bon voyage !

Les amours d’un fantôme en temps de guerre, Nicolas de Crécy, Roman, Albin Michel, octobre 2018, 23.90 euros.

Juliette

 

LE PASSAGE DES ANGES Odilon-Jean Périer

Un conte, une allégorie, un songe…

A chaque époque, sa « Fureur de vivre »!

Voici le livre qui inspira Wim Wenders pour son film « Les Ailes Du Désir » (« Der Himmel Über Berlin »).

<<« Le Passage Des Anges », cet hymne à la liberté, à la jeunesse , à l’insouciance, a été publié pour la première fois en 1926 par un jeune poète de vingt-cinq ans qui devait mourir deux ans plus tard.>>  

« Le Passage Des Anges » de Odilon-Jean Périer, est un roman qui nous laisse pantois. 

Le style et la forme sont d’une clarté et d’une pureté qui portent la lecture avec grâce et élégance,  le fond est vertigineux, onirique, frôlant le surréalisme et nous mène à un drame existentiel.

Le drame de la banalité, 

le drame de la médiocrité,

le drame d’un élan brisé,

de la fougue de la jeunesse perdue.

Comment en sommes nous arrivés là?

Tout a commencé dans une ville,

anonyme,

la mienne,

la vôtre,

peu avant la guerre,

peut-être pendant,

peut-être après,

peu importe,

car ce qui va se produire se reproduit sans cesse.

Le plus souvent,

la plus part ne le remarque pas,

les autres l’oublient

et ceux qui restent,

y songent avec nostalgie.

Des étrangers apparaissent un peu partout dans la ville,

apportant un souffle nouveau,

une légèreté ,

une insouciance, 

un goût renouvelé et curieux envers la vie,

balayant par leur simple présence au monde la poussière des préjugés, 

des conventions, 

des doctrines et autres préconçus.

Ce sont des anges,

dont la pureté n’a pas encore été maculée, 

ni par la facticité sur laquelle se construit l’humanité, 

ni par la banalité des devoirs du quotidien.

Or, pour certains de ces anges, l’humanité sociétale se révèle être une maladie, les autres représentent un danger pour le maintient de l’ordre et le bon fonctionnement de la si belle société. 

Aussi, il n’en restera plus que trois. Alpha, Michel et Misère, qui décident d’aller chacun de leur côté, choisissant leur direction, propre à leur nature et s’immergeant dans la ville de ces humains afin de l’éprouver pleinement et peut être y laisser une marque divine au péril d’y perdre leurs ailes.

Que reste-il après la domestication , après la désillusion?

Quelle forme prendra l’éphémère et fragile sentiment amoureux?

Vers qui se tourner, lorsque la sagesse même n’est que charlatanerie?

Ce qui reste? 

Peut-être l’amitié? 

Par Gilles Granget

 

« LE PASSAGE DES ANGES » Odilon-Jean Périer

édition Finitude / collection <<Utopies>> 15€

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J’ai perdu Albert

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« Je suis la voyante la plus en vue du pays et, depuis hier midi, je ne vois plus rien. »

Chloé est une jeune médium connue et réputée. Les chefs d’entreprise, les hommes d’état, les stars, et les généraux de l’OTAN, tous font appel à elle et ne prennent aucune décision avant de l’avoir consultée. Depuis toute petite, Chloé abrite l’esprit, tenez-vous bien, d’Albert Einstein ! Jusqu’au jour où les informations ne « passent » plus. Chloé est surmenée. Albert n’y tient plus. Sans crier gare, l’esprit d’Albert migre et se glisse dans la tête de Zac, un garçon de café et apiculteur, plutôt déboussolé.

Chloé est désemparée. Dépossédée de ses pouvoirs extra-lucides, elle va devoir dissimuler la perte de son don à ses clients. Zac ne comprend pas ce qui lui arrive. Paniqué, il est dépassé, même « happé », par cette soudaine voix intérieure terriblement envahissante. Il n’a que faire d’Albert, et ne souhaite qu’une chose : retrouver sa vie d’avant. Alors que tout les oppose, Zac et Chloé vont devoir faire équipe. Et ainsi commence un savoureux « ménage à trois », amusant à suivre.

Vous l’avez bien compris, l’intrigue du roman J’ai perdu Albert de Didier van Cauwelaert est drôle. Romantique aussi. Dans ma lecture, je me suis surprise à rire aux éclats sur certains passages. Chloé continue ses consultations en mode improvisation sans filet, sans connexion, et Zac en médium novice restitue l’information délivrée par Albert sans aucun filtre. Leur duo – pardon je veux dire trio, si on compte l’esprit d’Albert- donne lieu à des situations pleines d’humour.

Vous allez également adorer le « personnage » d’Albert, cet esprit vagabond qui revient se connecter aux vivants, les manipulant à sa guise, pour poursuivre son œuvre scientifique, et tenter de changer le monde : il travaille à « changer la vision du futur » auprès de Chloé ; il espère empêcher la disparition des abeilles, ces précieuses pollinisatrices, auprès de Zac.

Au delà de croquer les peurs et les à priori que soulèvent la médiumnité et les sciences paranormales, le livre nous emmène à la rencontre du grand scientifique. L’hommage est réussi, bien loin d’être pesant, au contraire ! Tel un film en accéléré, des morceaux choisis de sa vie défilent au cours des pages : son exil aux États-Unis, son opposition à l’interprétation probabiliste de la physique quantique (souvenez-vous de sa célèbre formule « Dieu ne joue pas aux dés », prononcée au conseil de Solvay de 1927 !), la lettre à Roosevelt qui a conduit au projet Manhattan, ses opinions anti-maccarthysmes et sa lutte contre la discrimination raciale qui lui valent la suspicion du FBI,…et il y en a d’autres ! Cette multitude de facettes de sa vie m’aura donné envie d’en lire davantage sur Albert Einstein.

L’écrivain, Didier van Cauvelaert, aux nombreux prix littéraires (dont le prix Goncourt en 1994 pour Un aller simple) est aussi scénariste et réalisateur. Dans J’ai perdu Albert, il s’était donné pour challenge de faire grandir en parallèle le roman et le film qui s’en inspire. L’adaptation cinématographique est d’ailleurs déjà sortie dans les salles en septembre dernier (malheureusement je ne l’ai pas vue dans celles de la région). Dans le rôle de Zac, on retrouve le sympathique Stéphane Plaza pour son premier rôle au cinéma. Il partage l’affiche avec Julie Ferrier, Josiane Balasko et Bernard Le Coq. Le casting semble prometteur pour pareille comédie, vous ne trouvez pas ?

Un roman divertissant, une intrigue loufoque. On bascule sans cesse du fou-rire à l’émotion. Cette comédie romantique est une lecture plaisir, qui de plus offre une jolie fin. Si le film est à l’image du livre, j’ai vraiment hâte de le découvrir !

Mais en attendant, pourquoi ne pas chercher à en connaitre un peu plus sur Albert Einstein et ses travaux : Une brève histoire du temps de Stephen Hawking ou La pensée de Dieu d’Igor et Grichka Bogdanov…mon cœur balance !

Céline

J’ai perdu Albert | Didier van Cauwelaert | Éditions Albin Michel | Mars 2018 | 19€

Bande annonce du film…pour le plaisir des yeux !