Diabolo Fraise, Sabrina Bensalah : une pépite…aussi lumineuse et réjouissante que les premiers éclats du printemps.

DIABOLO FRAISE

« Elles sont quatre sœurs âgées de 11 à 18 ans. »:

Antonia, Marieke, Jolène et Judy.

[…] « Ces quatre sœurs vous feront voir la vie en Diabolo fraise ! »

Vous cherchez quelque chose de léger et de pétillant:  le titre ne vous prendra pas en traître !

Habituellement, ce n’est pas du tout le genre de livre que je lis, la couverture rose bonbon, les histoires de jeunes filles qui courent après les garçons…: non merci. Je sentais le stéréotype à plein nez, à tort bien évidemment.

Malgré toute cette réticence injustifiée, ses couleurs sucrées à la fois attirantes et repoussantes ne cessaient de me faire de l’œil. Alors j’ai lu une page, puis deux, puis trois…et enfin j’ai dévoré avec plaisir cette tendre histoire qui s’articule autour de quatre sœurs, attachantes, drôles et surtout incontrôlables.

Diabolo fraise…ça raconte quoi au juste ?

C’est l’histoire de quatre sœurs, quatre tranches d’âges qu’à priori tout oppose. Ces quatre sœurs sont toutes -plus ou moins consciemment- en quête de quelque chose qui pourra changer leur vie, leur rapport au monde et surtout déclenchera chez chacune d’entre elles, l’envie de trouver qui elle est. L’émancipation, le début de la liberté et la nécessité de se construire une identité sont au cœur du sujet de ce roman.

C’est une des raisons pour lesquelles je me suis attachée à ce roman. Derrière la maternité d’Antonia se trame, pendant 9 mois, les aventures rocambolesques de ces adolescentes et préadolescentes qui vivent elles aussi, à leur hauteur, des moments intenses, dramatiques et plein de folies.

Diabolo fraise dédramatise les situations les plus difficiles à vivre.

En lisant ce roman young-adult de chez Sarbacane, on est porté à croire que le sort s’acharne gentiment sur cette famille. Mais il ne faut pas oublier que le roman se destine à des adolescent(e)s, qui se cherchent encore.

Le parcours de ces jeunes filles, aux caractères bien trempés, au gré de leur rencontres s’apparente alors à une véritable mosaïque haute en couleur. Chaque lectrice (mais aussi chaque lecteur) trouvera matière à s’identifier à l’un(e) ou l’autre des personnages. De plus, derrière ce titre et cette couverture rose, la figure masculine n’en demeure pas moins fortement présente. Je pense notamment à ce père si bienveillant et extrêmement touchant, parfois un peu dépassé par cette « tribu » de jeunes filles énergiques. Moderne et ambitieux, il connaît très bien ses filles.

Le roman aborde les questions du harcèlement scolaire, la découverte du corps, les premiers amours et aussi la complexité des relations familiales, notamment avec l’émancipation progressive des plus âgées. Certain parents pourraient même se retrouver entre les lignes de cette histoire sensible et pleine de sincérité: la parole y est libre, on sent que ces quatre filles, derrière leur révolte apparente, connaissent les limites à ne pas franchir, justement parce qu’elles peuvent expérimenter et parler sans être bâillonner. C’est un livre qui fait tomber les tabous sans enfoncer des portes ouvertes.

Le courage de ces quatre jeunes adolescentes m’a particulièrement touché: les personnages d’Antonia et de Judy- qui font respectivement face  d’une part, à la maternité, malgré la réticence de la figure maternelle et la solitude qu’elle ressent,  et d’autre part au harcèlement scolaire- participent au dynamisme et à la qualité du roman.

D’ailleurs, la violence de l’apprentissage de l’auto-défense et l’enseignement grâce auquel cette dernière parviendra à se révolter, souligne le lien fort qui lie les quatre sœurs, mais aussi la vertu d’initiation de ce roman… Je ne vous en dit pas plus car il est essentiel de lire ce livre pour se laisser bouleverser par ces bribes de vie, condensées sur 274 pages, 9 mois et quatre parcours.

Un roman polyphonique et des sœurs pleine de paradoxe:

Attention, il ne s’agit pas non plus de vous faire croire que ces quatre sœurs incarnent la famille idéale… Bien au contraire. Cependant ce livre vient relativiser les situations les plus difficiles de l’adolescence. Antonia, Marieke, Jolène et Judy ne se comprennent pas toujours et la tendresse n’est pas forcément de rigueur surtout lorsqu’il s’agit de se moquer de l’une ou de l’autre, même dans les moments les plus douloureux. Elles sont tantôt sans pitiés, puis ultrasensibles et nerveuses et pourtant diablement fortes et c’est ce qu’on aime !

La vie de famille et la cohabitation n’est jamais simple lorsqu’on vit à six dans une maison et qu’on aimerait bien avoir des moments d’intimité et préserver un jardin secret. Entre confidences, imitations, jalousies, révoltes, amours et découvertes: ce roman de formation m’a donné l’impression, le temps d’une lecture, de retourner au collège.

Péripéties, humours, maladresse et grandes questions…

Pétillant comme il se doit, Diabolo fraise est un condensé de vitamines et de bonne humeur qui aborde les petites angoisses et les gros tracas avec humour: de l’arrivée au collège aux enjeux de la maternité ou encore la poisse des premières soirées, l’air de rien, ce roman tire sa richesse de ses personnages si bien travaillés, mais aussi de l’ampleur des sujets abordés.

Et puis, je ne pourrais pas conclure cet article sans citer Jolène, si intelligente et si différente. La jeune lycéenne parle à son miroir et s’interroge sur la vie… entre l’enfance et l’adolescence elle peine à faire corps avec elle-même. Enfin, il y a Judy, timide, elle, se réfugie dans les livres. En somme, cette vie de famille est un véritable labyrinthe, un roman fait de fenêtre ouvertes sur la tolérance, l’écoute et le partage…

[ Le miroir] « – Tu sais ce que je pense ? Tu n’es ni moche, ni effacée, ni mal dans ta peau, non… tu es une éternelle insatisfaite. Tu vois le genre ? Jamais contente ! Tu as de superbes cheveux lisses et roux et tu les voudrais noirs et frisés. Et si tu les avais noirs, tu les voudrais blonds ! N’est-ce pas ? Mais c’est sans fin, Jolène ! Arrête et assume-toi ! Deviens celle que tu es…

[Jolène] – J’essaie, en fait -mais tu vois, je viens tout juste de prendre conscience que j’ai un corps et ce truc-là, je ne sais pas quoi en faire ! Je me comporte comme une potiche alors qu’il y a des tas d’émotions qui explosent à l’intérieur… Mon corps n’exprime rien, je n’attire pas le regard des garçons. Pour les séduire je fais quoi ? Je leur récite un extrait de L’Odyssée ?[..]

-Tu veux regarder un film ? Interrompt Judy.

[…] Te justifie pas ! Continue-t-elle avec de grands yeux ronds. Tu fais ce que tu veux -même si c’est trop bizarre-, je ne dirais rien à personne.

[…] Je ne veux rien savoir ! répond Judy, qui pose déjà ses mains sur ces oreilles. Je ne veux riiiien savoiiiiir, chantonne-t-elle en entrant dans la chambre d’Antonia.

Jolène la suit, transie de honte. Pourquoi cette morveuse arrive toujours quand il ne faut pas ! » Extrait p.123

 Osé, moderne et intelligent, avec ce nouveau roman plein de sensibilité, Sabrina Bensalah parvient à soulever de grandes questions qui viennent ponctuer cette belle aventure.

Loin du féminisme engagé, la question de la féminité absolue est toutefois remise en question.

De plus, on débarque dans une famille simple, qui attend les allocations du mois d’Août pour faire les courses de la rentrée. Une des quatre héroïnes, mal dans sa peau, fait des listes où figurent la mention « arrêter les goûter de gros ». Une autre refuse de se maquiller pour rester naturelle etc. … Tout est fait pour faciliter le procédé d’identification chez le jeune (ou le moins jeune lecteur). On rit, on s’émeut puis on relativise à coup de grands éclats de rire. Jamais la peur ne nous surprend car d’emblée, le registre est planté; le Happy-end tant attendu s’inscrit dans la perspective d’un roman plein d’espoir et d’ondes-positives.

Diabolo Fraise enseigne l’acceptation de soi et la victoire du courage et de l’amour sur les mauvaises rencontres, les aléas négatifs et les angoisses existentielles.

Un cocktail fusionnel:  détonant et explosif.

Après cette jolie comédie, on referme ce roman le sourire aux lèvres avec l’envie d’affronter la vie et de la croquer à pleines dents.

Un roman arc-en-ciel, à mettre entre les mains de tous les ados (et les grands ados…jusque 133 ans).

Encore une très belle découverte de chez Sarbacane

Diabolo Fraise, Sabrina Bensalah, Ed. Sarbacane, 978-2-37731-223-8, 16.00 euros, Mars 2019, 274 pages.

Juliette

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