Petit hommage au livre d’artiste

A l’occasion de la fête de la librairie indépendante, certains d’entre vous ont peut-être eu la chance de recevoir la réédition du livre d’artiste qui fut tiré à 16 exemplaires en 1947, conjuguant les compositions gravées sur bois en pleine page par Serge Rezvani et le poème de Paul Eluard, Elle se fit élever un palais…Mais qu’appelle-t-on au juste livre d’artiste ?

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Par le feu, petite pépite qui laisse une trace incandescente sur son sillage

Par le feu

Résumé

Avant, elle vivait derrière la clôture. Elle n’avait pas le droit de quitter la Base. Ni de parler à qui que ce soit. Parce que Père John contrôlait tout et qu’il établissait des règles. Lui désobéir pouvait avoir des conséquences terribles. Puis il y a eu les mensonges de Père John. Puis il y a eu le feu…

« Le père John affirmait que la frontière qui sépare le mensonge de la vérité est une grosse ligne noire, solide et immuable. Il avait tort, comme sur tant d’autres choses. Cette ligne est parfois tellement floue qu’on ne sait plus de quel côté on se tient. On peut tout à fait dire la vérité en omettant un détail important, ou raconter un mensonge qui contient une part de vérité. »

Chose promise, chose due ! Le mois dernier, je vous avais parlé de mon dilemme à vous présenter soit Dix (lien par ici si vous l’avez loupé « Dix petits nègres s’en furent dîner… » Et si on lisait une belle réécriture des Dix petits nègres ?) soit un autre roman de chez Casterman. J’avais choisi Dix le mois dernier, donc aujourd’hui, je vous parlerais de Par le feu, un livre stupéfiant à bien des égards, un livre qui m’a bouleversé, qui m’a profondément remué.

Pour l’avoir vu passer sur la blogo depuis quelque temps, je savais qu’il s’agissait d’un coup de cœur pour énormément de monde. Je me compte désormais parmi ceux-là. Lire la suite

Le livre de Perle

Le livre de Perle

À la recherche d’un livre jeunesse pour mon article d’aujourd’hui, je me souvenais avoir beaucoup aimé Céleste, ma planète de Timothée de Fombelle. Son dernier album Capitaine Rosalie, magnifiquement illustré par Isabelle Arsenault, m’avait également bouleversé. Aussi, lorsque je vis parmi les livres du rayon Le livre de Perle, je n’ai pas eu l’ombre d’une hésitation. Et une fois encore, j’ai été envoûtée !

Dans un royaume lointain où règne la magie vivait un prince éperdument amoureux d’une fée. Traqué par son frère aîné, jaloux et avide de pouvoir, le voilà banni et condamné à l’exil dans un autre monde. « Il est dans le seul temps, sur la seule terre où on ne croit ni aux contes ni aux fées ».

Dans notre monde, des années plus tard, un garçon de 14 ans, le cœur brisé par un chagrin d’amour, se perdait dans la nuit en forêt. Sur le point de se noyer dans la rivière, il est secouru par un homme mystérieux vivant retiré au milieu des bois. Il empile des valises jusqu’au plafond, pleines d’objets et de secrets venus d’ailleurs.

Enfin Paris, 1936. Un jeune homme, sans passé ni souvenir, à l’accent indéfinissable, recueilli une nuit d’orage par un couple de marchands de guimauves, empruntait le nom de Joshua Perle, celui de leur fils disparu. Il lui faut survivre à la Seconde Guerre mondiale.

Le récit est tissé avec minutie et oscille d’un univers à l’autre. Le premier, un monde parallèle, est peuplé de rois devenus cruels, de fées prêtes à renoncer à leurs pouvoirs par amour, et de vieux génies dont on cherche désespérément à briser les terribles sortilèges. Le second, le monde bien réel, traverse la Seconde Guerre mondiale, les camps de prisonniers, les rafles, la Résistance, et nous mène jusqu’à nos jours. Au fil du livre, les destins se croisent, le labyrinthe des souvenirs se défait lentement et les fragments de vie s’imbriquent peu à peu pour lever le mystère.

Le lecteur avance dans un monde en équilibre entre le merveilleux et le réel. Il voyage dans le temps, entre passé et présent. Il frôle le royaume de la magie, se surprend à rêver et à croire. Car comment ne pas croire à la féerie lorsque tant d’indices (vous les découvrirez dans le livre) se révèlent à qui les cherche et sait les reconnaître ? Une ode à l’imaginaire, une quête, une grande aventure et une belle histoire d’amour font de ce livre un petit bijou. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore lu, il est à découvrir absolument !

Céline.

Le livre de Perle | Timothée de Fombelle | Éditions Gallimard Jeunesse, Collection Pôle fiction | 2017 | 336 pages| ISBN 9782070585540 | Prix :6,70 €

– à partir de 13 ans – Pépite du roman européen 2014 – Prix de la Foire de Brive 2015.

 

« Mon temps libre » Samy Langeraert aux éditions Verdier

Mon temps libre

Samy Langeraert         

Voici un premier roman, aux éditions Verdier, qui vous permettra de vous encrer dans le temps présent tout en faisant apparaitre ces petits riens dont la beauté, simple et immuable, constituante de notre quotidien, se retrouve souvent laissée pour compte par notre attention toujours (en —) portée vers un ailleurs.

Évoquant pudiquement,

sans trop s’y attarder,

l’histoire d’un exil volontaire,

pour échapper aux souvenirs d’un autre présent interrompu ;

pour s’évader de ces traces désertées par l’être aimé 

qui hantent chaque détail de la métropole,

trop marquée pour pouvoir se la réapproprier ;

désormais étranger à la langue de sa terre d’accueil,

étranger à son propre présent,

étranger à soi-même,

par la rupture de la temporalité de son histoire ;

c’est au travers de cette position d’être à distance,

d’un être en suspend,

qu’il fait apparaitre

dans un geste de pure contemplation,

un portrait d’une ville,

Berlin,

dans ce qu’elle a d’intimes et d’anonymes,

de plus trivial, voir de banal,

et s’attache ou se rattache ainsi,

par son regard,

à un présent qui semble se dérober sans cesse.

Où est-ce lui qui peine à s’y insérer ? 

Dans une écriture poétique, intime et douce, Samy Langeraert, dresse non seulement le tableau d’une ville au-delà de ses stéréotypes, mais aussi celui d’une solitude métaphysique, laquelle, saisit comme dans un tableau de Edward Hopper, émerge dans ses instants du quotidien où il ne se passe rien d’autre que la tâche effectuée, le déroulement de gestes coutumiers, détaché d’un passé, sans attente, sans à venir, et trouve le réconfort dans la permanence matérielle du monde qui s’habille au gré des teintes des saisons. C’est l’histoire d’une odyssée, l’histoire de quelqu’un qui revient s’incarner dans une nouvelle temporalité et réapprend comment habiter le quotidien.

Par Gilles Granget.

montempslibre 

96 p.

12,50 €

ISBN : 978-2-37856-007-2

Parution : janvier 2019  

aux éditions Verdier