Journée mondiale du conte

A l’occasion de la journée mondiale du conte, je souhaitais vous présenter une petite sélection de livres de contes d’ici et d’ailleurs.

Légendes d’Alsace d’Auguste Stoeber

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« Refonte en format poche de Légendes d’Alsace (ISBN 9782737348501). Auguste Stoeber (1808-1884) est, de longue date, reconnu comme le plus grand folkloriste alsacien. Ses Légendes et traditions orales d’Alsace, parues dès 1852, font de lui non seulement un pionnier mais un maître en la matière. « Après Stoeber, disent les Alsaciens qui connaissent les légendes de leur pays, il n’y a qu’à tirer l’échelle », constatait le préfacier de la première édition en français de sa collecte.

Pourtant son oeuvre est restée longtemps introuvable. C’est ce trésor qui est présenté ici : pour la première fois, le lecteur trouvera une édition aisément accessible de légendes, de traditions et de contes recueillis en Alsace dans toute leur richesse et leur fraîcheur. La plus belle collecte de légendes et de contes d’Alsace : un chef-d’oeuvre enfin rendu accessible à tous. »

Légendes d’Alsace – Auguste Stoeber – Ed. Ouest-France – 2016 – 9€90

 

Comment le lièvre eut la lèvre fendue et autres contes tibétains de William Frederick O’Connor

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« William Frederick O’Connor (1870-1943) était interprète lors de l’expédition britannique Younghusband à Lhassa de 1903 à 1904. Il mit à profit ces deux années pour recueillir un grand nombre d’histoires populaires et participa ainsi à la diffusion en Occident de la culture tibétaine.

«Au cours de mes errances, j’ai découvert que ce peuple fascinant et si peu connu possédait un riche répertoire de contes traditionnels, inaccessible au reste du monde, et je me suis donc efforcé de recueillir autant d’histoires que possible. Chefs de village, moines, domestiques, membres des gouvernements locaux, paysans, commerçants – ceux-là et beaucoup d’autres ont contribué à mon recueil. Timidement et de façon hésitante d’abord, avec beaucoup d’excuses et de précautions, le conteur se livrait. Mais le public tibétain est l’un des meilleurs que l’on puisse imaginer, sa gentillesse et son intérêt évidents brisent rapidement la glace, et laissent libre cours à la parole. Je dois dire à ma décharge que je n’ai en aucun cas tenté de les embellir ni de les améliorer. Je les ai écrites telles que l’on me les a racontées, aussi fidèlement que j’ai pu. » »

Comment le lièvre eut la lèvre fendue et autres contes tibétains – William Frederick O’Connor – Ed. Picquier poche – 2017 – 8€

 

La mythologie viking : Odin, Thor, Loki et autres contes de Neil Gaiman

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« La légende raconte qu’il existerait neuf mondes, reliés par Yggdrasil, le frêne puissant et parfait. C’est là par le théâtre des aventures d’Odin, le plus grand et ancien dieu, Père de tout ; de son fils ainé Thor, fort et tumultueux, armé de Mjollnir, son légendaire marteau ; et de Loki, séduisant, rusé et manipulateur inégalable. Dieux trop humains, parfois sages, souvent impétueux, quelquefois tricheurs, ils guerroient, se défient et se trahissent. Jusqu’à Ragnarok, la fin de toutes choses.

Voici leur histoire, rapportée par Neil Gaiman, le plus grand des conteurs. »

La mythologie viking : Odin, Thor, Loki et autres contes – Neil Gaiman – Ed. Pocket – 2018 – 7€50

L’œil du serpent contes folkloriques japonais

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« Il était une fois un serpent qui prit l’apparence d’une belle femme pour s’unir secrètement à un homme… Il était une fois une femme qui enfanta un serpent… Il était une fois une ravissante jeune fille qui s’éprit d’un serpent jusqu’à se métamorphoser en reptile… Merveilleux et étranges, ces contes nous entraînent au cœur de la mythologie japonaise peuplée de créatures fantastiques et de paysans naïfs. »

L’œil du serpent contes folkloriques japonais – Ed. Gallimard – Coll. Folio 2€ – 2010

 

Pourquoi l’eau de mer est salée et autres contes de Corée

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« Vous aimeriez savoir comment vous y prendre si vous libériez par inadvertance un démon embouteillé et vindicatif? Ce que vous pourriez tirer d’un étrange éventail qui fait s’allonger le nez de celui qui l’utilise? Vous brûlez de savoir pourquoi les rainettes coassent, et surtout pourquoi l’eau de mer est salée?

Ce livre est fait pour vous.

Découvrez l’humour facétieux et la légèreté enchanteresse des fabulistes de Corée. »

Pourquoi l’eau de mer est salée et autres contes de Corée – Ed. Gallimard – Coll. Folio 2€ – 2015

 

Psychanalyse des contes de fées de Bruno Bettelheim

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« Les contes de fées ne traumatisent pas leurs jeunes lecteurs, ils répondent de façon précise et irréfutable à leurs angoisses, les informant des épreuves à venir et des efforts à accomplir.

Tel est le postulat de ce livre majeur où Bruno Bettelheim nous éclaire sur la fonction thérapeutique des contes pour enfants et adolescents. Grâce à cet ouvrage, illustré d’exemples tirés d’un patrimoine sans âge, des Mille et Une Nuits aux frères Grimm, de Cendrillon à Blanche-Neige et à la Belle au bois dormant, nous n’avons plus le même regard sur ces contes de fées qui offrent aux enfants une chance de mieux se comprendre au sein du monde complexe qu’ils vont devoir affronter. »

Psychanalyse des contes de fées – Bruno Bettelheim – Ed. Pocket – 1999 – 9€40

 

Le verger des Hespérides :

Pour finir, je souhaitais vous présenter non pas un livre mais un éditeur dont je trouve le travail particulièrement intéressant : Le verger des Hespérides.

Pour ce qui concerne les contes, cette maison d’édition propose deux collections :

-la collection patrimoine oral

« Cette collection, tout public, se targue d’être le reflet contemporain des contes de la tradition orale de la nuit des temps. Il s’agit de contes vivants dans leur version d’aujourd’hui, recueillis soit directement au sein des familles dans les pays concernés, soit par l’intermédiaire d’associations s’intéressant aux migrants nouvellement installés en France. »

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-la collection contes cd bilingues

« Il s’agit d’ouvrages destinés aux plus jeunes, se présentant, dans la mesure du possible, en version bilingue et reprenant l’histoire écrite habillée d’éléments sonores. Une chanson originale sépare la version française de la version en langue étrangère correspondant à la tradition orale d’où est originaire le conte présenté. »

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J’espère que cette sélection vous a plu et que vous aurez la curiosité de découvrir certains des titres présentés.

Marianne.

 

 

 

 

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Comment tout peut s’effondrer

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Hausse des gaz à effet de serre, épuisement des énergies fossiles, déclin rapide de la biodiversité, poursuite croissante de la déforestation : notre planète est à bout de souffle.

Les signaux du réchauffement climatique se multiplient et se font ressentir. La France n’y échappe pas avec l’érosion des côtes, les inondations à répétition, les pics de pollution, les périodes de sécheresse… Et pourtant nous continuons à ignorer les causes de ce réchauffement, ou du moins à ne pas agir à hauteur de l’urgence de la situation. Parce qu’il est temps de sortir du déni et de passer à l’action, voici un livre pour mieux comprendre et ouvrir les yeux sur ce qui nous attend de manière inévitable : l’effondrement !

Pablo Servigne, ingénieur agronome et docteur en biologie, et Raphaël Stevens, éco-conseiller, sont spécialistes des questions d’effondrement, de transition et de résilience des systèmes socioécologiques. Ils ont publié un livre en 2015 intitulé Comment tout peut s’effondrer : petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, aux éditions du Seuil. La collapsologie, c’est la science de l’effondrement de la civilisation industrielle dans laquelle nous vivons. C’est aussi une réflexion sur un après possible et les transformations à opérer.

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Le cycle de Syffe, Tome 1, Patrick K. Dewdney

Depuis le temps que L’enfant de poussière m’appelait, que je le regardais, que je l’attrapais pour lire le résumé pour le feuilleter, je me suis enfin décidée de sauter à pieds joints dans ce magnifique roman de fantasy de seulement 619 pages il y a environ une semaine. Je dis sauter à pieds joints car malgré le résumé et les avis présentés en quatrième de couverture, je ne savais pas à quoi m’attendre. Je peux vous dire que je n’ai absolument pas été déçue et que je n’ai maintenant qu’une hâte : dévorer le tome 2 sans attendre !

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L’histoire

Syffe est un orphelin de huit ans et vit en compagnie de Cardou, Merle et Brindille dont il est amoureux à la ferme Tarron à l’extérieur de la ville de Corne-Brune. Pour survivre, il offre ses services sur le port contre une piécette avec laquelle il espère pouvoir se payer à manger. Au tout début du roman, il semble heureux, malgré les difficultés de la vie qu’il est obligé de mener. Pourtant, la jalousie va venir s’immiscer entre lui et ses amis ce qui bousculera sa vie à jamais. Syffe, par amour pour Brindille qu’il voit se rapprocher dangereusement de Cardou, commence à voler pour plaire à l’élue de son cœur sans se préoccuper des conséquences de ses actes jusqu’à ce que la justice lui tombe dessus par l’intermédiaire du personnage de Hesse, première-lame du primat de Corne-Brune.

A partir de cet instant, où Syffe croit qu’il va mourir tant la mauvaise réputation de Hesse est connue, les événements s’enchaînent et j’ai suivi les aventures de ce jeune orphelin au rythme effréné dont il mène sa vie : espion, apprenti-chirurgien, sorcier et meurtrier pour certains puis enfant-soldat, jamais Syffe ne semble avoir de répit et est souvent forcé de fuir.

Un roman épique

Au fur et à mesure, L’enfant de poussière devient quasiment un roman épique d’une extrême intensité dans un monde changeant et on oublie souvent que Syffe n’est encore qu’un enfant même si plusieurs années s’écoulent au fil des pages.

« Pris dans le tourbillon des semaines rouges, et même avant, j’avais eu l’impression de sombrer. Il s’agissait en fait de l’inverse. Une montée, un crescendo grinçant, la pénible maturation d’une blessure suppurante, amorcée depuis le premier jour lorsque j’avais endossé les mailles d’un homme mort. (…) Et c’est alors qu’un soir, de manière inattendue, tout cela culmina en un pic de folie, et que l’abcès finit par éclater. » (p.393)

« Un grand cri monta de nos rangs, je me surpris à hurler moi aussi, puis la réponse vint de la ligne devant nous. Je ne la voyais pas, je ne voyais rien, j’entendais seulement, mille voix tonitruantes, qui crachaient sur nous leur haine et leur frayeur. J’eus le temps de me demander brièvement ce que je foutais là, puis nous percutâmes le front collinnais avec fracas. D’autres hurlements moins glorieux suivirent juste après. Près de moi, le mercenaire aux joues fendues sanglotait doucement. Ses braies fumaient, parce qu’il s’était fait dessus. Comme beaucoup ici, c’était son premier combat. Je reniflai, arc-bouté contre le dos du vougier de Vaux enragé qui beuglait des insultes à tue-tête. » (p.545)

Un roman sur la tolérance

Lorsque Syffe devient enfant-soldat, son monde est en train de changer en profondeur et la paix fragile durant laquelle il est né est en train de s’effondrer. La colère monte dans les rues de Corne-Brune et d’ailleurs, les familles de la Haute dénonce les « teintés », ceux des clans, et ont toujours voué une haine aux homosexuels. En grandissant, Syffe, lui-même teinté, découvrira le racisme mais apprendra aussi à respecter la liberté de chacun.

« ‘A Carme’, me dit-il sur le ton de la discussion, ‘les phalangistes ont le devoir d’aimer d’autres hommes. Leurs généraux pensent qu’un soldat se battra plus férocement pour défendre celui qu’il aime. Là-bas, les femmes sont des matrices et rien de plus. Nous, nous pensons que chacun devrait être libre de ses préférences.’ J’ai pris à cœur ces paroles et, lorsque la bizarrerie initiale m’eut quitté, je les méditai souvent pour leur justesse. » (p.499)

Foncez !

L’enfant de poussière est un roman à lire absolument pour la force de l’écriture et de l’histoire qui entraîne jusqu’à la dernière page. Il a été récompensé par le prix Julia Verlanger 2018 et la Pépite Roman 2018 au Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis. Patrick K. Dewdney met en place un monde complexe peuplé de personnages attachants ou détestables, mystérieux aussi. Syffe fait naturellement partie des personnages attachants : parfois naïf et d’autres fois mature, encore enfant mais pourtant déjà adulte, qui prend son destin à pleine main pour rester vivant quoi qu’il arrive.

Alors n’hésitez plus, courrez chez votre libraire pour cette belle découverte ! Et si vous souhaitez rencontrer Patrick K. Dewdney, il sera aux Imaginales du 23 au 26 mai prochain à Epinal (88).

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L’enfant de poussière, Patrick K. Dewdney, Au diable vauvert, mai 2018, ISBN 9791030701210, 23€, 619 pages – tome 1 de la saga de fantasy historique Le cycle de Syffe

La peste et la vigne, Patrick K. Dewdney, Au diable vauvert, septembre 2018, ISBN 9791030702125, 23€, 598 pages – tome 2 de la saga de fantasy historique Le cycle de Syffe

Petit mot de la fin : Au moment où j’ai rédigé cet article, je n’avais pas encore commencé le tome 2. Aujourd’hui, c’est chose faite et même si je ne l’ai pas encore terminé, je peux vous dire que la suite des aventures de Syffe m’a conquise dès les premières pages, toujours aussi prenantes et pleines de suspense.

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Coups de cœurs.

L’exercice de la chronique littéraire est une danse délicate. Entre trop en dire ou pas assez, pour créer l’envie et la curiosité sans dévoiler ce qui nous a -précisément – donné l’envie de partager ; il n’est que trop aisé de se prendre les pieds dans le tapis.

Depuis que nous avons commencé à partager nos coups de cœurs respectifs sur ce blog, ce qui a été le plus difficile pour moi, ça a toujours été le choix, pas la rédaction. Décider de quel ouvrage parler, à chaque fois a été pour moi une tâche ardue, qui tenait du dilemme. De qui, de quoi parler, et pourquoi ? Combien d’auteurs et d’ouvrages sont chers à mon cœur, et pour combien de raisons ?

Non pas qu’il fût aisé non plus d’en parler, parfois tellement de choses à dire, et autant à taire, parfois la frustration de ne pas pouvoir partager des sentiments moins positifs envers des ouvrages qui font l’unanimité sans soi… Ou même l’envie de parler de ce qu’on aime sans avoir le moindre mot à dire, juste un sentiment diffus mais profond d’amour, inconditionnel, juste l’envie de poser une couverture, une image, un titre, et de laisser les gens vous faire confiance, sans prescription.

Parce que l’amour, même littéraire, c’est comme une blague. Si on doit l’expliquer, ça perd un peu de sa puissance.

Alors aujourd’hui, je n’avais pas envie de vous partager un coup de cœur. Aujourd’hui, ce n’est pas une pirouette malhabile pour esquiver mon tour de rédaction sur ce blog – j’ai d’ailleurs un mal fous à rédiger cette chronique de façon satisfaisante.
Non, aujourd’hui, c’est juste ma façon à moi, personnelle, de crier, à l’écrit, encore une fois, différemment, mon amour pour les livres.

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Le 20ème printemps des poètes

« La beauté est une rencontre » François cheng

Le printemps des poètes fête cette année sa 20ème bougie avec comme thématique ; la beauté, celle qui nous émeu et qui nous vient du cœur. Mais surtout celle qui traverse le temps et les mots! Car oui la poésie est éternelle. La poésie nous permet d’entrevoir le monde sous le prisme de l’allégorie, de la métaphore, de la rime, de l’image ou de l’harmonie, la poésie est et sera toujours sur notre chemin si nous tendons les yeux et levons l’oreille suffisamment longtemps: le temps d’un instant. Alors contemplons la beauté cette année du 9 au 25 mars !

La poésie ça se vit, La poévie ça se dit

L’édition 2019 marrainé par Rachida Brakni proposera une programmation exceptionnelle destinée au plus grand nombre, elle permettra encore une fois de faire découvrir la poésie et de la vivre. Les évènements sont consultables ici : https://www.printempsdespoetes.com/L-Agenda


J’ai servi la beauté. Qu’y a-t-il de plus vaste au monde ? Sappho de Mytilène

Dans cet article vous retrouverez une présentation de 4 œuvres choisies poétiquement par Anne et Kévin avec notamment Christian Bobin, Emanuel Campo, Cécile Coulon et Dominique Meens. Bonnes découvertes.

Faut bien manger – Emanuel Campo

Tout a commencé comme ceci ; je marchais dans la rue noire de monde, j’avais faim.Tout naturellement je me suis précipité dans une librairie, oui, car il est d’usage que l’on nourrisse son âme d’abord, puis son corps… Mais, dés lors que l’on pense trop « matériel », un seul remède se présente; pouvoir lier les deux bouts. Alors j’ai choisi un recueil ( « Faut bien manger ») dans un élan de gourmandise, de désir de rire et de curiosité. La boucherie littéraire est décidément une maison d’édition spéciale; avec une ligne éditoriale atypique, crue et drôle, un vrai petit plaisir littéraire.

Dans ce recueil j’ai trouvé une véritable poésie du quotidien, à base d’humour, de répétitions volontaires, de mots qu’on ose, de mots qu’on dévore.

On mentionnera les thèmes du travail avec les métiers, les afterworks, l’industrie, la cantine, mais aussi le spectacle; la mise en scène, les metteurs en scènes ou bien le tournage que l’auteur puise dans sa réalité.

En somme un recueil bien ficelé à déguster en riant.

PASSION

Je savais pas que t'écrivais.
"Il m'arrive aussi de faire des pâtes."
C'est dingue.
"A la sauce tomate."
Et t'arrives à en vivre ?
"Seulement si la cuisson ne dépasse pas neuf minutes."
Ça alors. Moi j'écrivais à la fac, je n’arrêtais pas.
Mais après tu sais comment c'est l'orientation tout ça.
C'est génial de pouvoir vivre sa passion.
"Faut bien manger"

Emanuel Campo ?

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Apprécions la biographie proposée par la maison d’édition ; « Un jour en 1983 Emanuel Campo pèse 2,9 kg et mesure 49 cm, il commence à boire beaucoup avant de petit à petit se mettre à manger. C’est lorsqu’il atteint 1m20 qu’il s’installe à Dijon. 63 cm plus tard il débute son parcours artistique, théâtre musique et poésie. Aujourd’hui il vit à Lyon à environ 22m de hauteur. Auteur et interprète il écrit dit et joue. Il donne des concerts avec le groupe Papierbruit, crée des spectacles au sein de la compagnie Étrange Playground, collabore avec plusieurs compagnies de spectacles vivants et lit volontiers ses poèmes en public lors de festivals ou d’évènements. Il mesure toujours un mètre 83 alors que son poids, lui, a augmenté.

11 euros, ISBN ; 9791096861149, 58 pages, tiré en 1000 exemplaires.

NOIRECLAIRe – CHRISTIAN BOBIN

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«Ce qui s’enfuit du monde c’est la poésie. La poésie n’est pas un genre littéraire, elle est l’expérience spirituelle de la vie, la plus haute densité de précision, l’intuition aveuglante que la vie la plus frêle est une vie sans fin.»

Ce poème de Christian Bobin fait partie de son recueil «Carnet du soleil» , publié aux éditions Lettres Vives en 2011 et composant la première partie de l’ouvrage Noireclaire publié en folio en 2018. Il y rend hommage à la femme qu’il aime (Ghislaine), morte à 44 ans d’une rupture d’anévrisme.

L’auteur est présenté de la manière suivante dans l’édition précédemment citée : «Christian Bobin est né en 1951 au Creusot. Il est l’auteur d’ouvrages dont les titres s’éclairent comme les fragments d’un même puzzle. Entre autres : Souveraineté du vide, le très-Bas, La part manquante, La plus que vive, La Présence pure, L’homme-joie, La grande vie, Noireclaire et Un bruit de balançoire. Il a reçu le prix d’Académie 2016 pour l’ensemble de son œuvre.»

Ses textes sont de formes brèves, parfois juste une question :

«Chers oiseaux, combien payez-vous de loyer ?»

quelques phrases formant un paragraphe :

«Un train dont tous les compartiments sont éclairés fonce dans la nuit. Nos morts y sont assis, lisant, rêvant, parlant. De toi je n’ai gardé qu’une petite tasse à café. C’est une porcelaine cerclée d’étain. Les fleurs naïves peintes sur son tour supérieur-des roses et des primevères- dansent en rond comme des petites filles. Cette tasse est ébréchée. Je l’utilise parfois comme coquetier. La regarder ralentit le train et même l’arrête en rase campagne.»

allant jusqu’à occuper plusieurs pages :

«Je sens mon visage s’éclairer comme si le livre sur lequel je me penche était une bougie.

Les arbres sont des aveugles errant dans la lumière, bras lancés au hasard.

Arbre, moineau ou chinois, dès que quelqu’un parle vraiment, il n’y a plus de mort. La voix fraternelle rassemble les mondes, apaise le sommeil des étoiles.

Les noms des écrivains disparus sont des gongs. A les prononcer j’entends leur vibration.

De l’air coloré de vert entre par la fenêtre. Le chant d’un merle me réveille. Je m’étais assoupi sans m’en rendre compte. Pour les gens nés après ta mort tu es aussi loin que Louis XIV. Pour les poètes du huitième siècle chinois tu es aussi jeune que l’oiseau du printemps.

La voix d’Anna Akhmatova. Un chagrin d’amour de 1912. L’abandon est ce tremblement de terre que la bête du cœur devine avant qu’il arrive. Un poème est le maximum de sensibilité qu’un homme ou une femme puisse connaître. Un rien de plus et les poumons du langage éclatent, comme ceux des plongeurs qui remontent trop vite du fond de l’océan.»

Ses thèmes de prédilection sont le vide, la nature, l’enfance, les petites choses.

«Tu es tombée du côté de la beauté. Le corps est le vêtement oublié sur la chaise dans la pièce incendiée. Les vitres ont fondu sous la chaleur.

Il faut que la vie nous arrache le cœur , sinon ce n’est pas la vie.»

Christian Bobin
ISBN : 9782072764971
Éditeur : Gallimard (07/06/2018)
6,20 €

L’île LISIBLE – DOMINIQUE MEENS

Autant le dire tout de suite ce livre n’est pas un livre facile. Un méandre de sujets et de genres. Une prose de gloses, de notules, de poétrie picturale… un amas de pensées sérieuses et poétiques écrites en songeant à la mer, en la côtoyant.

Palinodie = Poème dans lequel on rétractait ce qu’on avait dit dans un poème précédent.

Un échauffement préliminaire est nécessaire pour comprendre la première partie, la prose mêle des réflexions sur le signifiant et le signifié, on se promène au grès des skondi et des skeucé , on sent la marée de la mer ( « nous y sommes nous reprenons le travail sur la plage, nous revenons aux travaux de la vague « ) et tout devient lisible pour celui qui voit l’île d’Oléron au loin. S’entremêle les témoignages de la plage de l’île. Témoignages Photographiques. Baudelaire tout comme Brahms sont également là tout prêt : pluviôse, ventôse. Ils forment les pièces maîtresses de ce jeux des mots.

Le livre est une recherche sur le signifiant dans la nature. Sur ce qui reste et ce qui s’efface. Sur ce qui se lit et se délit.

La deuxième partie est clairement de la poésie formelle, elle est intitulé « Sabotage théâtre », il s’agit plus précisément d’un long poème sur Prométhée. On fait des cercles autour de la notion de solitude. Un discours s’établit entre la Terre et Prométhée, puis se poursuit avec l’entrée de furies, d’échos , de Mercure, d’Ione, de Panthée. Nous sommes dès lors proche du lyrisme antique qui se prête au sujet, parfois, on distinguera les liens au théâtre avec des didascalies.

PROMETHEE

Roi des dieux des démons de tout esprit 
un seul excepté tel qu'ils sont en foule
dans ces mondes qui tournoient lumineux
que toi et moi seuls parmi les vivants
tenons sous des yeux que jamais ne cillent
observe cette terre devenue
multitude celle de tes esclaves
dont tu solde les agenouillements
prières louanges travaux et peines
et ces hécatombes de cœurs brisés
crainte mépris de soi vide espérance
quand moi qui suis ton ennemi aveugle
dans la haine je te fait triompher
et régner tu t'en moques sur mon propre malheur
malheur ta stupide et vaine vengeance
trois cent années sans l'abri du soleil

Éditions POL
novembre 2018
304 pages, 22 €
ISBN :978-2-8180-4351-6

LES RONCES- Cécile COULON

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La poésie de Cécile Coulon quant à elle est une poésie de l’enfance, du quotidien, de celles qui rappelle les failles et les lumières de chacun. Plutôt connue en tant que romancière (Trois saisons d’orage paru aux éditions Points), cette jeune auteure de 29 ans a commencé à publier sur internet ses poèmes avant de les rassembler dans un livre.

Son recueil Les ronces est paru au Castor Astral qui le présente ainsi :

«Les ronces convoquent le souvenir de mollets griffés, de vêtements déchirés, mais aussi des mûres, qu’on cueille avec ses parents dans la lumière d’une fin de journée d’été, alors que la rentrée scolaire, littéraire, approche.
Entre les caresses et les crocs, Les Ronces de Cécile Coulon nous tendent la main pour nous emmener balader du côté de chez Raymond Carver. Sur ces chemins, elle croise des vendeurs de pantoufles, des chiens longilignes, un inconnu qui offre une portion de frites parce qu’il reconnaît une romancière…
Le livre a reçu le Prix Apollinaire 2018 et le Prix Révélation poésie de la SGDL 2018.»
Ses poèmes narratifs sont de forme plus longue, ils nous racontent une histoire, comme une scène de cinéma :

LES HERBES SAUVAGES

Dans les herbes sauvages où nous avons dormi
jusqu’à ce que la brûlure de l’été
réduise ma lourde chevelure à la couleur des foins,
à la sècheresse des pailles,
aux tiges nouées comme des racines sur la tête des prodiges qui vont
bientôt
tomber,
dans les forêts millénaires qui protègent longtemps les natifs,
enroulés dans les branches, pendus aux lèvres des sapins
qu’agitaient en automne des vents moins furieux
que les gestes d’une main secouée de désir s’avançant
timidement

C’est une poésie qui se prête à la lecture à voix haute parce qu’on y entend clairement une musique.

Pour tous ceux qui ont du mal à lire de la poésie, je conseille la lecture de ces deux poètes contemporains d’âge et d’univers différents mais que j’ai eu le plaisir de lire et de relire par petites touches.

«et lorsqu’il m’arrive de croire que tout espoir fut porté en vain, je repense à ces mots, à la vie qui recommence dans chacune de leurs syllabes :
«Tout va bien et tout ira bien.» (extrait de TOUT VA BIEN)

Cécile Coulon
9791027801695
Editeur : Le Castor Astral (16/05/2018)
15€

Bon printemps des poètes !

Le vieux qui déjeunait seul

N’avez vous jamais observé les gens que vous croisiez dans la rue, dans un café ou bien encore sur votre lieu de travail. Et ceux que vous croisez régulièrement, ne vous demandez vous pas que font ils ici, qui sont ils ?

Et bien c’est le cas de Clara, jeune serveuse, qui chaque lundi voit arriver à 12h30 le même client, qui s’installe toujours à la même place. Elle ne sait rien de lui, mais ce vieil homme toujours seul l’intrigue. Mais c’est aussi le cas de ce vieil homme, qui de son côté s’interroge sur Clara.

C’est ainsi que démarre une nouvelle amitié. Un lien petite-fille et grand père. Des personnages marqués par un passé douloureux, mais qui ensemble redécouvrent la joie et la sérénité. Tout ceci raconté dans un tout petit livre mais rempli de tellement d’émotions qu’on ne peut qu’être touché.

Marie

| Le vieux qui déjeunait seul | Léa Wiazemsky | Editions pocket | 5,95 euros

Sans plus d’épée que de sceptre

Sedan, le 1er septembre 1870 à dix-huit heures, après une journée de combats aussi meurtrière que vaine, le Roi de Prusse Wilhelm I vient de recevoir des mains du général Reille la chevaleresque lettre de Napoléon III entérinant la capitulation française et la reddition de la ville :

Monsieur mon frère ! N’ayant pu mourir au milieu de mes troupes, il ne me reste qu’à remettre mon épée entre les mains de Votre Majesté. Je suis de Votre Majesté le bon Frère.

Napoléon.

À cet instant précis la couronne impériale vient de rouler dans la poussière estivale des Ardennes. Le lendemain à Paris c’est la stupéfaction et la colère, cette fois la musique d’Offenbach ne sauvera pas la Fête impériale. Face au soulèvement populaire la régence d’Eugénie et le gouvernement du Comte de Palikao sont mis en difficulté par le Corps législatif. Deux jours plus tard les grandes puissances européennes assisteront stupéfaites à l’effondrement du Second Empire après dix-sept années de règne. Dans son récit Nicolas Chaudun nous propose de revivre les mois d’été qui ont vu s’enchaîner les évènements de la guerre franco-allemande de 1870 en suivant, de Paris à Sedan, l’itinéraire du dernier Empereur des français…

Wilhelm Camphausen (1818 – 1885), Napoléon III à la bataille de Sedan (détail), 1877, huile sur toile, Berlin, Deutsches Historisches Museum

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Des lectures engagées qui illustrent le combat continuel de la femme…

Et oui, le 8 mars, c’est la Journée Internationale pour les Droits des Femmes !…

Cette journée nous rappelle que des femmes se sont battu, pour accéder aux mêmes droits, aux mêmes statuts et privilèges que les hommes… et nous rappelle qu’il y a encore trop d’injustices en matière d’équité, et que le combat pour toute justice et égalité doit continuer, dans chaque pays, chaque position sociale, chaque milieu culturel, chaque métier…

Officialisée par les Nations Unies en 1977, cette journée fut la conséquence des luttes ouvrières et des suffragettes du début du Xxe siècle, qui se sont battu pour de meilleures conditions de travail et le droit de vote. Aujourd’hui, le débat continue puisque l’égalité, qu’elle soit salariale, statuaire, sociale, n’est pas acquise dans tous les milieux…

Plutôt que de vous présenter des biographies ou des essais des grandes femmes politiques ou féministes grâce à qui nous avons acquis des droits jusqu’à aujourd’hui, j’ai préféré sélectionner quelques récits en coup de coeur, certains étant commémoratifs et d’autres plus criant d’actualité… Récits de femmes fortes, qui se sont battu pour avoir une place, pour survivre, ou simplement ont tenté de réussir socialement, ou d’apporter un message de paix. Sexualité, métiers, position sociale et culturelle… Ces quelques exemples brassent les situations complexes que beaucoup trop de femmes ont traversé, et que bien d’autres traversent encore aujourd’hui.

Vous laissant découvrir….

PAROLES DE FEMMES

Tout d’abord, un beau recueil de Paroles de femmes, dont les témoignages, les rêves et les combats nous touchent et sont des lanternes éternelles.

De l’Antiquité à nos jours, ce recueil de citations féminines traverse les âges et les pays : vous y découvrirez la voix d’Hypatie, Olympe de Gouges, Rebecca West, Virginia Woolf, Colette, Benoîte Groult, Taslima Nasreen, Hafsa Zinaï-Koudil, Mary Wollstonecraft et bien d’autres….Toutes, à travers les siècles, ont ce point commun : le vœu d’une entière liberté, la liberté d’être soi-même.

« Je ne serai pas célèbre ou grande. Je continuerai à être aventureuse, à changer, à suivre mon esprit et mes yeux, refusant d’être étiquetée et stéréotypée. L’affaire est de se libérer soi-même : trouver ses vraies dimensions, ne pas se laisser gêner. »
Virginia Woolf

Paroles de femmes, recueillies par Josée Lartet-Geffard, présentées par Benoîte Groult et illustrées par de magnifiques dessins et collages réalisés par l’artiste plasticienne Chloé Poizat (éditions Albin Michel, 2018)

FLEUR DU DÉSERT : Du désert de Somalie à l’univers des top models

(Waris Dirie, éditions J’ai Lu, 2009)

Le magnifique témoignage de Waris, excisée selon la tradition somalienne, qui a rêvé d’un autre avenir que celui d’être mariée de force à un inconnu lorsqu’elle a eu 13 ans… Waris nous raconte son aventure, et nous sommes touchés par ce récit que nous savons vrai. Elle devra affronter les difficultés de la fuite, puisqu’elle fuira, seule, traversant le désert somalien, rejoignant la capitale Mogadiscio puis Londres. Waris affronte le regard des hommes, mais aussi celui de la société qui n’est pas la sienne. Remarquée par un photographe de mode, elle réussira à devenir mannequin.

Son témoignage est celui d’une femme qui ne peut normalement pas choisir, mais qui décide de briser les codes et vivre par elle-même.
En refermant ce livre, on est bouleversé. On se questionne, sur le regard de l’homme sur la femme, sur le regard de l’autre tout simplement, et sur les coutumes imposées aux femmes et non aux hommes. Sur la complexité de la sexualité, sur les possibilités de choix.

LA PEAU DURE
(Raymon Guérin, éditions Finitudes, 2017. Prix Mémorable 2018)

C’est le titre qui a reçu le Prix Mémorable 2018 délivré par l’association de libraires indépendants, Initiales. Ce prix met à l’honneur une œuvre rééditée, pour valoriser un auteur injustement oublié. Cette nouvelle édition permet de faire revivre celle de 1948 (éditions des Artistes).

Ce récit relate l’histoire de trois femmes, trois sœurs, durant les années 40, et qui tentent de trouver leur place dans une société régie par les hommes. Raymond Guérin, à travers ces trois voix féminines, y aborde la question de l’avortement, du mariage, du statut social… en soi, de la place de la femme à cette époque.

Ce roman social et féministe nous donne l’exemple de ce qu’est la vie de nombreuses femmes, à travers ces trois personnalités : Clara, Jacquotte et Louison.
Un récit qui émeut et qui donne envie de se révolter avec elles.

FILLES DE LA MER
(Mary Lynn Bracht, éditions Robert Laffont, Pocket 2019. Prix coup de cœur Saint-Maur 2018)

Dur mais nécessaire. Magnifique.

En Corée, pendant la Deuxième Guerre Mondiale, beaucoup de femmes étaient enlevées par les soldats Japonais, pour devenir des « femmes de réconfort » et assouvir leur désir pendant la guerre. Hana n’a que 16 ans lorsqu’elle est enlevée. Elle est pourtant une « haenyeo », plongeuse en mer, appartenant ainsi aux femmes fortes et indépendantes qui se transmettent leur savoir de générations en générations… Mais Hana s’est laissée embarquer, pour sauver sa petite sœur, Emi.

Elle saura faire preuve de courage face aux malheurs qui s’abattent sur elle. Et Emi, bien des années au sortir de la guerre, vit toujours avec cette haine et cette peur en elle, et cherche un semblant de paix, assaillie par le souvenir de sa sœur… Elle prendra conscience de cette soif de paix en se rendant aux Manifestations du mercredi…
Véritable témoignage d’un fait historique dont on ne parle peu, qui m’a bouleversée et dont je n’ai jamais vu la moindre allusion dans les manuels scolaires… Cette histoire est celle d’un nombre immense de femmes, qui furent déshonorées, sacrifiées, violées et tuées.

Depuis 1992, la « manifestation du mercredi » est une protestation publique en Corée du Sud, faite devant l’ambassade du Japon, ayant pour but d’obtenir justice de la part du gouvernement japonais pour la violence de son système d’esclavage mis en œuvre pendant la Seconde Guerre mondiale, et la reconnaissance de ce crime de guerre envers les « femmes de réconfort » qui en furent victimes…

Combien de temps encore les femmes ne seront-elles pas écoutées ?…

LA ROBE BLANCHE

(Nathalie Léger, P.O.L. 2018. Prix Wepler 2018)

Ce récit est biographique. Il crie la vérité. Il dénonce l’histoire tragique de Pippa Bacca, artiste italienne ayant réalisé une performance en 2008, traversant l’Europe de l’Est en robe de mariée, pour un message de paix, à travers les pays ayant connu la guerre… Elle souhaitait « un mariage entre les différents peuples et nations ».
Était-elle trop insouciante, naïve ? Ou est-ce le monde qui est trop cruel, les hommes trop immondes ?
Son aventure en auto-stop entre Milan et Jérusalem se termine brusquement en Turquie, où elle est violée puis assassinée.
Un homme aurait-il subi le même sort ?…

La robe de mariée, symbole féminin de virginité et de paix, n’était pas assez puissante face à la noirceur de l’âme humaine.

Je ne saurais exprimer la tristesse immense que j’éprouve face à cette mort tragique.
Mais ce texte de Nathalie Léger est d’une beauté incontournable. Il met des mots sur l’indicible. Il rend hommage à cette femme artiste qui mérite d’être connue.

Et à travers ce récit, on distingue une autre histoire, celle d’une mère et d’une fille, d’un mariage rompu, de femmes qui tentent de s’écouter, se comprendre, se parler.

LA TRESSE

(Laetitia Colombani, Le Livre de Poche, 2018)

C’est l’histoire de trois femmes, qui viennent de trois pays différents. Leur point commun : elles ont toutes quelque chose à reconstruire, et doivent se battre, en tant que femme, pour faire entendre leur soif de liberté et de reconnaissance de ce qu’elles sont, de ce qu’elles souhaitent être.

Smita est une Intouchable, en Inde, et décide de partir, quitter son quotidien de misère, pour offrir un avenir meilleur à sa fille.

Giulia, en Sicile, souhaite reprendre l’entreprise familiale de son père.

Sarah, au Canada, est avocate et gravement malade ; elle veut se battre pour que son travail soit reconnu, même si le regard porté sur elle est chargé de reproches parce qu’elle est une femme.

Trois récits simples mais beaux, des vies dans lesquelles être une femme requiert un courage et une envie de réussite qui sont forcés d’être renforcés.

Justine M

Vox, sois femme et tais-toi

Aujourd’hui j’aimerais vous présenter ma dernière lecture en date : Vox, de Christina Dalcher paru aux éditions NiL. Un roman très prenant, dont l’intrigue se positionne dans un contexte pas si éloigné de celui que nous voyons naître dans certaines parties du monde et qui, en ce sens, m’a fait beaucoup réfléchir.

Vox, c’est l’histoire de Jean, une doctoresse en neurosciences qui, un jour, voit son quotidien s’écrouler : après une montée progressive des organismes religieux puritains, le Gouvernement décide d’apposer au poignet de chaque femme un compte-mots. Un objet dangereux, ayant pour objectif de limiter au maximum la parole des femmes, plus précisément à 100 mots par jour. Et si l’une des concernées par ce nouveau bijou de technologie décidait de ne pas respecter ce quota, elle en serait récompensée par une décharge à hauteur de son débit. Un argument plutôt efficace, donc, pour dissuader les femmes et les petites filles d’utiliser leurs mots à tort et à travers.
Par ailleurs et afin de leur ôter toute envie de communication, livres, stylos et langue des signes leurs sont également proscrits.

Une nouvelle vie qui n’est pas sans déplaire à Jean, doctoresse en neurolinguistique pour qui la communication est était ce qu’il y avait de plus important.

Cependant, tout bascule le jour où le frère du Président est victime d’un accident qui endommage une partie de son cerveau. Le Gouvernement décide alors de faire appel à Jean en sa qualité de scientifique, afin de trouver une solution au problème de communication rencontré par le blessé après sa chute. Une prestation, bien évidemment, rémunérée à la hauteur de son importance : Si Jean accepte, elle et sa petite fille pourraient retrouver l’usage de la parole. Du moins, pendant un temps…

Une dystopie, donc, où les mots se changent en armes, et où la quête de liberté se mut en une lutte pour la liberté d’expression.

Vox est un roman que j’ai beaucoup apprécié pour de nombreuses raisons, et notamment car il prend place dans un contexte qui, comme évoqué un peu plus tôt, n’est pas si éloignée de celui que nous voyons fleurir dans certains pays. Dans cette histoire est souvent évoquée la facilité avec laquelle la société est tombée dans de tels travers, et la vitesse avec laquelle le Gouvernement s’est saisi des droits des femmes. Plusieurs stratagèmes très simples voient le jour dans ce texte, tels qu’une propagande efficacement articulée à travers le prisme de l’éducation, ainsi que, tout bêtement, les passeports et autres pièces d’identité rapidement confisqués lors d’un passage dans une institution publique.

Des méthodes simples, qui achève d’offrir à ce roman un caractère réaliste qui plonge le lecteur dans un profond malaise : tout cela peut finalement très vite arriver, sans que l’on ne le voit venir.

Enfin, que l’on n’a pas vu venir… Pas tout à fait. En effet, et il s’agit là selon moi d’une grande force du roman, nous est présentée au fil du texte une forme de militantisme personnalisée en la figure de Jackie, ex-colocataire de Jean. Une femme qui, bien avant l’aboutissement de ces idées extrémistes, semblait avoir compris vers quelle sinistre condition la société allait échouer. Un personnage qui, à travers des flash-backs réguliers, tente de sensibiliser notre héroïne à la lutte pour le droit des femmes, et pour les droits de l’Homme en général. Si Jean ne l’écoute pas à l’époque, elle repense néanmoins à toutes ces paroles, tous ces reproches que lui faisait Jackie lorsqu’elle refusait d’aller manifester.

En somme, Jackie permet ici d’appuyer l’importance de l’implication de tout un chacun dans les débats et les luttes progressistes, tandis que Jean semble incarner la passivité qui, hélas, donne lieu à des situations comme celles-ci.

Une réflexion que j’ai donc trouvée très intéressante et qui pare le récit d’un réel engagement.

Pour finir, je ne pense pas pouvoir passer à côté d’un point essentiel, les personnages. Des individus que l’on se plaît tantôt à détester, tantôt à adorer. En effet, si au début du récit nous ne pouvons que bouillonner de rage devant les propos sexistes et radicaux du fils de Jean, et devant la lâcheté, la passivité de son mari, il apparaît bien rapidement qu’eux mêmes ne font qu’obéir à cette société qui leur impose, comme aux femmes (même si ils sont, quand même, moins à plaindre), un comportement défini à adopter. À travers ces figures qui évoluent au fil du texte, nous découvrons donc une certaine nuance, qui n’a pas été pour me déplaire et qui a rendu le récit très riche, de mon point de vue.

Néanmoins, et il s’agirait là peut-être du seul bémol, je pense que l’un des personnages, Lorenzo, l’amant de Jean, aurait pu être plus nuancé. Ce qui aurait donné davantage d’enjeu au triangle amoureux qui voit très vite le jour dans l’histoire, et qui se résout de façon un peu trop binaire à mon goût.

Cependant, mis à part cette petite fausse note, j’ai réellement apprécié cette lecture et vous la recommande chaudement non seulement car il s’agit d’une histoire prenante mais aussi (surtout?) car ce texte nous rappelle que la lutte pour le droit des femmes est un réel enjeu sociétal, et qu’il est très facile de basculer dans des extrémismes sans même que l’on s’en rende compte.

Noémie

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Vox

Christina Dalcher

Éditions NiL

ISBN : 9782841119882

Prix : 22€