Les Filles de Salem – Comment nous avons condamné nos enfants…

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SalemLes fameuses sorcières… Cela vous parle ? Ça tombe bien, moi aussi !

Un thème marquant l’Histoire. Un procès long, mystérieux et morbide. Des revisites par dizaine au cinéma et en littérature. La version de Thomas Gilbert (connu pour Bjorn le Morphir), fin septembre dernier. Une ode au féminisme dessinée à merveille.

Mes envies de lectrice affamée ont jeté leur dévolu sur ce titre : oh lui, il faut absolument que je le lise ! Vous connaissez j’imagine. Mais… Première réflexion : Les filles de Salem… Où sont donc les sorcières ? Et si c’était leurs voix dont la parole leur a toujours été arrachée qui racontaient cette histoire ? Vous entendez ? Écoutez… :

« Je me nomme Abigail Hobbs. J’ai quatorze ans. J’habite avec mes parents à Salem Village. J’ai vécu une enfance heureuse, à l’abri des soucis. Oui, pas le moindre nuage à l’horizon. Puis il y eut ce jour fatidique. J’étais dans ma treizième année. Je m’en souviens précisément… Le jour où tout a commencé… » (résumé en quatrième de couverture)

Vous vous plongerez, en premier plan, au sein d’une petite colonie anglaise puritaine sur les côtes du Massachusetts, au XVIIème siècle. Puis, en second plan, dans le quotidien d’une adolescente, vivant ses premiers moments sombres. Une descente en enfers qui commence avec un âne en bois offert par Peter, un ami d’enfance. Rien d’alarmant me direz-vous ? Et pourtant.

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Page 6 : Peter donnant un âne en bois à Abigail.

Les facteurs d’une équation loin d’être positive :

Naïveté ! Abigail, jeune fille joyeuse, accepte le petit âne en bois. Elle n’aurait pas dû et découvre alors les règles des femmes de la communauté. C’est le choc. A partir de maintenant, elle n’est plus une enfant mais une femme et commencera alors une vie d’évitement, de soumission et de discrétion la plus totale.

Espoir ! Son amitié avec Betty, leurs discussions clandestines avec Tituba et sa rencontre avec un Indien au visage noir duquel elle s’entiche doucement, permettra d’apporter un peu de douceur et un goût de liberté à son âcre quotidien.

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Révérend Parris

Malheur ! Voici le moment du « mais », car il y en a toujours un. Il prend ici la forme d’un homme de pouvoir. Le révérend Parris, cherchant à tout prix la richesse et le respect, utilisera des sermons moralisateurs et marqués d’amertume. Liguant les habitants de Salem contre celles qui ont osé se mettre en travers de son chemin.

 

Fatalité ! Une famine s’abat sur le village. Le prétexte en or… Il faut trouver un coupable (définition même du puritanisme, l’idée de « purification ») quel que soit son visage : une rousse catholique, un chien noir, un Indien. La peur du « démon » rend démoniaque, l’auteur nous le prouve admirablement avec une noirceur expressive.

Un dénouement piégeant personnages et lecteur : 

La folie collective est à son paroxysme lorsque Peter, seul témoin du rapprochement entre Abigail et l’Indien, rapporte tout au pasteur. Un ressenti et une envie de vengeance qui feront d’Abigail une coupable parfaite.

Commence alors une « enquête » suivie de l’emprisonnement de dizaines de femmes innocentes… Ou alors coupables d’avoir voulu vivre libres et heureuses. Leur sort est déjà scellé, pourtant en elles l’espoir subsiste…

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Œil apeuré d’un personnage principal 

Il est rapide et facile de liguer une majorité contre une minorité. Une vérité qui fait écho à notre société actuelle, effrayant, n’est-ce pas ?

Souffle repris pour se remettre de ses émotions :

On ressort du procès muet, ému, les tripes tordues. Le thème est fort et les dessins atypiques. Ils suivent, avec une grande justesse, la transformation démoniaque du village. Joyeux et enfantin, le graphisme nous plonge page par page dans un gris assombrissant les cases. Des cases sûrement moins sombres que les cœurs des personnages.

Au service de l’histoire, le dessin nous rend témoin d’une spirale destructrice; violent et magnifique, il nous crache à la figure des vérités sur la nature humaine.

Aucune sorcellerie, aucune magie, juste de l’obscurantisme et du fanatisme religieux faisant des victimes. Des martyres condamnées à tort, exemple même que le rigorisme et l’austérité extrême n’ont pour limite que la mort (du corps et de l’esprit).

Déroutée… Fascinée… J’ai posé à plusieurs reprises le livre, ce que je fais pour me remettre de certaines émotions, pour avaler la nouvelle. Pari réussi pour l’auteur alors que j’attendais beaucoup du sujet !

En quelques mots…

One-shot dérangeant par le graphisme et interrogeant par le récit, c’est un chef-d’œuvre horrifique comme je les aime…

Merci à l’artiste, à qui je pourrais le dire de vive voix au Salon du Livre de Colmar, les 24 et 25 novembre prochains.

Sandy

Les filles de Salem, Thomas Gilbert, éditions Dargaud, 200 pages, septembre 2018, disponible en librairie, 22 euros.


 

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Alors lisons Pénélope Bagieu et soyons culotté(e)s !

Noëlla