Elle, Christiane F, 13 ans, une rencontre qui marque

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« Ce livre terrible a connu un retentissement considérable en France et dans toute l’Europe. Ce que raconte cette jeune fille sensible et intelligente, qui, moins de deux ans après avoir fumé son premier « joint », se prostitue à la sortie de l’école pour gagner de quoi payer sa dose quotidienne d’héroïne, et la confession douloureuse de la mère font de Christiane F. un livre sans exemple. Il nous apprend beaucoup de choses, non seulement sur la drogue et le désespoir, mais aussi sur la détérioration du monde aujourd’hui. »

Livre coup de cœur et coup de poing

La première fois que j’ai lu ce livre j’avais treize ans moi aussi, ce qui donne à la lecture une puissance particulière, mais pour l’avoir relu environs une dizaine d’années plus tard, je peux vous dire que c’est toujours aussi fort.

Ce livre c’est une plongée dans le Berlin d’avant la chute du mur, David Bowie à fond dans les oreilles, les premières sorties en boite,  les premiers tout, vous serez totalement immergé dans l’ambiance de l’époque et surtout dans la vie d’une jeune adolescente qui va grandir trop vite. Lire la suite

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Le monde d’hier…

«Partout s’ouvraient de nouveaux théâtres, de nouvelles bibliothèques, de nouveaux musées. […] Partout on allait de l’avant. […] qu’est-ce qui aurait bien pu interrompre cette ascension, entraver cet essor qui tirait sans cesse de nouvelles forces de son propre élan ? Jamais l’Europe n’avait été plus puissante, plus riche, plus belle, jamais elle n’avait cru plus intimement à un avenir encore meilleur.»

Stefan Zweig, Die Welt von Gestern. Erinnerungen eines Europäers (1943)
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Soldats français surveillant des prisonniers allemands, près de Verdun en 1917.

11 novembre 1918, onze heures du matin ce jour là c’est le silence, l’armistice est signé. Clairons et cloches sonnent le cessez-le-feu. Le soldat canadien George L. Price vient d’être tué. C’est le dernier mort de la guerre. De 1914 à 1918 près de quatre-vingt millions d’êtres humains ont été plongés dans la guerre. Dix millions sont morts fauchés par les balles, déchiquetés par les obus, brûlés, affamés, dévorés par les poux, les rats, tués par les épidémies nées de la misère. Vingt millions ont été blessés. Quelle démence s’est emparée des Autrichiens, des Serbes, des Russes, des Allemands, des Français avec leur colonies, des Anglais avec leur Empire, des Italiens, des Japonais, des Turcs, des Américains… Ils ont de la chance ceux qui s’en sortent vivants mais ils ont perdu leur jeunesse ou leur visage ou leur raison. Comment le monde a-t-il déchaîné une telle furie ? Quoi de mieux que cette journée de novembre commémorant le centième anniversaire de la fin de cet enfer pour évoquer le dernier roman de David Diop ; l’histoire de la descente dans la folie d’un tirailleurs sénégalais de vingt-ans.

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David Diop

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Tenir jusqu’à l’aube… Entre justesse et tendresse

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Carole Fives, auteure de Une femme au téléphone ou C’est dimanche et je n’y suis pour rien, nous reviens tout en justesse dans son dernier ouvrage en date, Tenir jusqu’à l’aube, paru en août 2018 aux éditions l’Arbalète Gallimard. Véritable critique de la société et portrait de la famille contemporaine, l’auteur nous dresse un récit, presque une confidence, dans lequel nous découvrons la vie d’une femme et de son fils dont nous ignorons tout.

Nous découvrons dès les premières lignes une famille. Une mère, célibataire, et son petit garçon âgé de deux ans. La femme, sans travail régulier et, de ce fait, sans assez d’argent pour pouvoir confier son enfant à une crèche, partage le quotidien de son petit jour après jour.

L’atmosphère oppressante, alimentée par un environnement de vie étouffant et par un regard empli de jugement, va très vite donner lieu à l’intrigue principale : Cherchant à tout prix à échapper à sa vie, l’héroïne décide de s’absenter quelques minutes après avoir couché l’enfant. Elle sort, goutte enfin à la liberté depuis bien longtemps, et, inévitablement, y prend goût.

C’est alors que lecteurs comme personnages sont plongés dans la spirale infernale du risque : jusqu’où ira-t-elle ? Va-t-il se passer quelque chose durant son absence ? Dès les premières lignes, la tension s’installe, sous-jacente, mais bien présente.

Afin d’alimenter cette dernière, deux procédés sont mis en place par l’auteure. Dans un premier temps, une comparaison omniprésente au destin tragique de la chèvre de Monsieur Seguin. Le lecteur, face à cette métaphore, ne peut alors s’empêcher de penser que la fin du livre ne présage rien de bon. Et que le suspense installé finira tôt ou tard par éclater.

Dans un second temps, une écriture alternant entre les messages d’un forum et un témoignage difficile de la vie que mènent les deux protagonistes. Peu soutenus, souvent critiqués, la société ne leur fait aucun cadeau. À tel point que l’on pourrait trouver ça caricatural, si ce n’était pas si vrai.

De plus, le récit nous met face à un questionnement très intéressant, encore très tabou : une mère peut-elle s’accorder d’être une femme ? Doit-elle donner la priorité à son enfant, quitte à s’oublier ? Si les réponses du forum sur lequel l’héroïne pose ses questions semblent l’indiquer, le ton du roman nous permet de nuancer ces propos.

« Un matin, je partirai, voilà tout. Ce n’est qu’une question de jours. Je vais tout recommencer, ailleurs, le plus loin possible. M’amuser enfin, prendre du bon temps. Mais vous ce que vous me dîtes, c’est que je devrais continuer à subir cette vie ? »

Caricatural ? Peut-être. Mais, en un sens, emprunt d’une certaine vérité.

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De ce fait, et grâce à une écriture rythmée et distancée, j’ai trouvé cette histoire particulièrement juste, et surtout très touchante. Carole Fives nous mets face à un sujet encore tabou dans notre société, celui de la famille monoparentale et de ses problématiques, et nous en parle à travers une critique bien amenée dans laquelle chacun peut se retrouver : les descriptions de la vie quotidienne, les médias utilisés et la non-identification des personnages ; tout pour nous permettre d’y voir un parallèle avec nos propres vies ou celles de nos proches. Et, peut-être, questionner notre comportement et nos jugements parfois trop rapides sur des personnes dont nous ne connaissons rien ? Dans tous les cas, une lecture qui, pour ma part, m’a fait grandement relativiser sur de nombreux sujets, et que je conseille pleinement.

Noémie

 

Tenir jusqu’à l’aube – Carole Fives

Éditions l’Arbalète Gallimard

Prix : 17€

ISBN : 9782072797392

 

La Supplication, Alexandra Alexievitch, Editions Jc Lattès

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Avec la réédition récente des Cercueils de Zinc de Svetlana Alexievitch, c’est l’occasion de se replonger dans son œuvre et notamment dans cette bouleversante Supplication.
L’ouvrage revient sur l’événement tragique qu’est l’incendie de la centrale nucléaire de Tchernobyl en 1986 et sur les suites de cette catastrophe.
A travers toute une série de témoignages, Svetlana Alexievitch nous permet de mesurer l’ampleur de ce drame, humain et écologique. C’est la voix de tout un peuple qui est représentée.

Avec beaucoup de sobriété et de simplicité, l’auteur s’efface derrière les témoignages de ces survivants: l’épouse d’un pompier venu éteindre l’incendie sur le réacteur, des liquidateurs, des médecins, des paysans biélorusses privés de leur terre, des fonctionnaires de l’Etat, ils sont tous entendus . Ce sont eux qui sont présentés ici, leurs vies et leurs sentiments, et non pas la catastrophe en elle-même comme souvent.

« Ce livre ne parle pas de Tchernobyl, mais du monde de Tchernobyl. Justement de ce que nous connaissons peu. De ce dont nous ne connaissons presque rien. Une histoire manquée: voilà comment j’aurais pu l’intituler. »

Une lecture difficile donc, mais essentielle et profondément touchante.

La Supplication, Svetlana Alexievitch, Editions JC Lattès, 1998, 267p., 18,50€
(existe aussi en poche chez J’ai Lu, à 5,80€ !)

 

Adèle