L’Amas ardent

Amas-ardent

Il est des évènements dont la violence nous laisse dans la plus totale incompréhension. Alors qu’il m’était difficile d’effacer ma colère devant ceux qui touchèrent Strasbourg, un livre est devenu mon refuge : L’Amas ardent de Yamen Manai aux éditions Elyzad. J’ai vu dans cette fable une voix qui s’élève contre le fanatisme.

Le Don est apiculteur. Il mène une vie paisible et retirée auprès de ses abeilles, à l’écart du village de Nawa, dans l’arrière-pays. Jusqu’au jour où il découvre une de ses ruches totalement décimée. Le Don doit découvrir à tout prix quel est le fléau qui s’attaque aussi sauvagement à ses abeilles afin d’y remédier. Sa quête de réponses va l’amener à comprendre que le monde qui l’entoure a bien changé.

En effet, une récente Révolution a chassé Le Beau du pouvoir et les premières élections nationales démocratiques sont organisées. Parmi les caravanes électorales qui sillonnent le pays, celle du Parti de Dieu arrive, séduit les villageois les plus démunis, comme ceux du village de Nawa, en distribuant des caisses de vêtements et de nourriture provenant de Chine en échange de leurs votes. Le Parti de Dieu se hisse ainsi à la tête de la Nation. Dans ces caisses arrive aussi le frelon asiatique, un terrible prédateur pour les abeilles, celui-là même qui détruit les ruches du Don.

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« Ici ça va », le remède de Léa pour vous faire chaud au cœur en cas de grand froid

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Pour affronter l’hiver, offrez-vous une parenthèse ensoleillée loin du froid de décembre, une bulle de tranquillité dans la frénésie de votre vie : cette petite pépite raconte le retour à la terre d’un jeune couple fuyant un quotidien stressant. Loin du tumulte de la modernité, dans les vieilles pierres d’une maison familiale qu’ils rénovent jour après jour, ce sont finalement les protagonistes eux-mêmes qui vont se reconstruire : lui bricole, elle jardine. Et le temps s’écoule ainsi, paisiblement. En compagnie d’Ema, celle qu’il aime, le narrateur réapprend à sourire à la vie, tandis qu’affleurent les souvenirs imprécis d’un drame familial, survenu dans cette demeure, la maison de son enfance, où la souffrance se mêle à l’insouciance.

En 140 pages seulement, ce petit roman soulève de grandes questions. L’auteur réussit à aborder, tout en pudeur et en subtilité, des thèmes existentiels, qui touchent à l’universel : dans ce récit où le narrateur se tourne vers son passé – qui n’est qu’allusif – pour mieux saisir le présent, sans jamais faire mention de l’avenir, c’est notre rapport au temps qui est interrogé ; notre rapport à l’autre aussi est questionné : l’amant et l’ami, la famille et la foule, la connaissance et l’étranger, à travers quelques personnages, ce sont toutes les formes de l’altérité qui sont convoquées ; notre rapport à la nature, aux animaux, au travail, à l’argent, ou encore à notre identité sont autant de pistes de réflexion ouvertes par ce court roman. Ainsi, c’est sur notre rapport au monde que ce petit livre nous invite à nous pencher, pour, peut-être, le repenser… Cette histoire est celle d’un nouveau départ et, en tant que lecteurs, nous sommes invités à nous poser, nous aussi, la question du sens que nous voulons donner à nos actions, à nos relations et, plus généralement, à notre vie. Car avant toute chose, il est ici question du BONHEUR, et la force de l’auteur réside dans l’idéal qu’il dessine. A l’heure de la quête effrénée du bonheur et de l’injonction à être heureux, Thomas Vinau prend le contrepied de la tendance actuelle de vivre à cent à l’heure, et prône un retour au calme et à l’essentiel : savourer l’instant, revaloriser le quotidien et en apprécier la beauté, simple et discrète.

Menant le récit d’une plume très sensuelle, Vinau suggère bien plus que ce qu’il écrit, et nous embarque dans son roman : le temps de quelques heures, on plonge dans cette campagne loin de tout, et on s’imprègne de la douceur du soir, on ressent la sérénité qui baigne les champs, on entend les bruits de la rivière toute proche et on ferme les yeux tant la beauté qui émane de ces lignes est lumineuse .

 

« Ici ça va », Thomas Vinau, Alma éditeur, 2012, 140 pages, 14€