Elle, Christiane F, 13 ans, une rencontre qui marque

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« Ce livre terrible a connu un retentissement considérable en France et dans toute l’Europe. Ce que raconte cette jeune fille sensible et intelligente, qui, moins de deux ans après avoir fumé son premier « joint », se prostitue à la sortie de l’école pour gagner de quoi payer sa dose quotidienne d’héroïne, et la confession douloureuse de la mère font de Christiane F. un livre sans exemple. Il nous apprend beaucoup de choses, non seulement sur la drogue et le désespoir, mais aussi sur la détérioration du monde aujourd’hui. »

Livre coup de cœur et coup de poing

La première fois que j’ai lu ce livre j’avais treize ans moi aussi, ce qui donne à la lecture une puissance particulière, mais pour l’avoir relu environs une dizaine d’années plus tard, je peux vous dire que c’est toujours aussi fort.

Ce livre c’est une plongée dans le Berlin d’avant la chute du mur, David Bowie à fond dans les oreilles, les premières sorties en boite,  les premiers tout, vous serez totalement immergé dans l’ambiance de l’époque et surtout dans la vie d’une jeune adolescente qui va grandir trop vite. Lire la suite

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L’Amas ardent

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Il est des évènements dont la violence nous laisse dans la plus totale incompréhension. Alors qu’il m’était difficile d’effacer ma colère devant ceux qui touchèrent Strasbourg, un livre est devenu mon refuge : L’Amas ardent de Yamen Manai aux éditions Elyzad. J’ai vu dans cette fable une voix qui s’élève contre le fanatisme.

Le Don est apiculteur. Il mène une vie paisible et retirée auprès de ses abeilles, à l’écart du village de Nawa, dans l’arrière-pays. Jusqu’au jour où il découvre une de ses ruches totalement décimée. Le Don doit découvrir à tout prix quel est le fléau qui s’attaque aussi sauvagement à ses abeilles afin d’y remédier. Sa quête de réponses va l’amener à comprendre que le monde qui l’entoure a bien changé.

En effet, une récente Révolution a chassé Le Beau du pouvoir et les premières élections nationales démocratiques sont organisées. Parmi les caravanes électorales qui sillonnent le pays, celle du Parti de Dieu arrive, séduit les villageois les plus démunis, comme ceux du village de Nawa, en distribuant des caisses de vêtements et de nourriture provenant de Chine en échange de leurs votes. Le Parti de Dieu se hisse ainsi à la tête de la Nation. Dans ces caisses arrive aussi le frelon asiatique, un terrible prédateur pour les abeilles, celui-là même qui détruit les ruches du Don.

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En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut

En attendant Bojangles

« Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.
Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mlle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.
Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.
L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom. »

Ne pas juger un livre à sa couverture…

Ce roman n’aurait normalement pas atterris entre mes mains, ce n’est pas le type de livre qui m’intéresse a priori, le synopsis me laissait perplexe, je n’aime pas la couverture, il est assez court et j’ai tendance à rentabiliser mes achats de livres en nombre de pages, il était totalement passé inaperçu pour moi et n’avait donc pas beaucoup de chance de se retrouver chez moi. Et pourtant, il a réussi à y parvenir, et heureusement ! Lire la suite

L’ambition de ne pas en avoir. « Les belles ambitieuses », Stephane Hoffmann

Les belles ambitieuses

« Traîner au lit avec une dame aimable est une sagesse : on n’y a besoin de rien ni de personne d’autre. C’est aussi une plénitude, c’est-à-dire un paradis. »

Paris, années 70.
La comtesse de Florensac veut avoir le salon le plus influent de Paris. La jeune Isabelle Surgères veut changer la vie. La douce Coquelicot veut faire plaisir à ceux qu’elle aime. Ce sont les belles ambitieuses. Elles s’activent autour d’Amblard Blamont-Chauvry qui, bien que polytechnicien, énarque, et promis à une brillante carrière, a décidé de s’adonner à la paresse, l’oisiveté, la luxure, la gourmandise et autres plaisirs.
Que faire de sa vie ? Comment s’épanouir ? Doit-on être utile ? Peut-on être libre ? Faut-il être ambitieux ?
À ces questions, chacun des personnages, entre Paris, Versailles et les États-Unis, à la ville comme à la campagne, répond à sa façon, et de manière parfois surprenante.

 

Une plongée dans le Versailles des années 20

Le dernier roman de Stéphane Hoffmann nous fait accompagner le personnage d’Amblar Blamont-Chauvry, de ses derniers instants de jeune homme, à sa vie d’homme marié puis bien installé. En passant par les souvenirs de sa jeunesse entouré des amis qui constituaient son monde et nous fait quitter son personnage a l’aube d’une surprenante nouvelle vie. Sur fond de politique et d’aperçus de la vie mondaine du Versailles de l’époque.

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Reviens, de Samuel Benchetrit

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« Tout était en moi et c’était pourtant l’endroit où je me perdais le plus. »

Un romancier entre deux livres, pressé par son éditeur, n’arrive pas à commencer l’écriture de son nouveau roman…avec Pline l’Ancien pour héros.

Divorcé, il vit seul. Il ressent un grand vide lié à l’absence de son fils parti découvrir le monde. Depuis son départ, il a perdu le sommeil. Sa vie semble comme déconnectée de la réalité et ne tourner qu’autour de ses échanges avec son éditeur, ses SMS avec son ex-femme, et les quelques nouvelles de son fils. Il se laisse aller doucement à la dérive. Et il cherche… Il cherche dans tout ce qui l’entoure le moindre indice de ce qui pourrait ressembler à un peu d’inspiration et d’écriture.

La chance semble enfin lui sourire lorsqu’un producteur de séries télé s’intéresse à son dernier recueil de nouvelles (qu’il ne connaît que par ouïe dire), et lui demande de lui en procurer un exemplaire. Or, il n’en a pas lui-même (il renonce à envoyer l’exemplaire dédicacé à son fils). Et en dénicher un autre paraît compromis : son livre a été pilonné par son éditeur.

Commence alors une quête à la recherche de ce livre introuvable dans une suite de péripéties vraiment farfelues !

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Pénétrez dans la brume…

Dans les brumes du mal, de René Manzor

Dans les brumes du mal Rene Manzor

Pour vous présenter ce coup de cœur je vais commencer par vous dire qu’il s’agissait de mon premier René Manzor, mais après avoir refermé la dernière page je peux déjà vous dire qu’il ne sera pas le dernier.

 

« La mère de Tom est morte, et Tom a disparu.
Tom, mais aussi John, Michael et Lily. À chaque fois, une mère est assassinée et son enfant enlevé, comme évanoui dans les brumes inquiétantes qui submergent si souvent la Caroline du Sud.

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Le monde d’hier…

«Partout s’ouvraient de nouveaux théâtres, de nouvelles bibliothèques, de nouveaux musées. […] Partout on allait de l’avant. […] qu’est-ce qui aurait bien pu interrompre cette ascension, entraver cet essor qui tirait sans cesse de nouvelles forces de son propre élan ? Jamais l’Europe n’avait été plus puissante, plus riche, plus belle, jamais elle n’avait cru plus intimement à un avenir encore meilleur.»

Stefan Zweig, Die Welt von Gestern. Erinnerungen eines Europäers (1943)
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Soldats français surveillant des prisonniers allemands, près de Verdun en 1917.

11 novembre 1918, onze heures du matin ce jour là c’est le silence, l’armistice est signé. Clairons et cloches sonnent le cessez-le-feu. Le soldat canadien George L. Price vient d’être tué. C’est le dernier mort de la guerre. De 1914 à 1918 près de quatre-vingt millions d’êtres humains ont été plongés dans la guerre. Dix millions sont morts fauchés par les balles, déchiquetés par les obus, brûlés, affamés, dévorés par les poux, les rats, tués par les épidémies nées de la misère. Vingt millions ont été blessés. Quelle démence s’est emparée des Autrichiens, des Serbes, des Russes, des Allemands, des Français avec leur colonies, des Anglais avec leur Empire, des Italiens, des Japonais, des Turcs, des Américains… Ils ont de la chance ceux qui s’en sortent vivants mais ils ont perdu leur jeunesse ou leur visage ou leur raison. Comment le monde a-t-il déchaîné une telle furie ? Quoi de mieux que cette journée de novembre commémorant le centième anniversaire de la fin de cet enfer pour évoquer le dernier roman de David Diop ; l’histoire de la descente dans la folie d’un tirailleurs sénégalais de vingt-ans.

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David Diop

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Tenir jusqu’à l’aube… Entre justesse et tendresse

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Carole Fives, auteure de Une femme au téléphone ou C’est dimanche et je n’y suis pour rien, nous reviens tout en justesse dans son dernier ouvrage en date, Tenir jusqu’à l’aube, paru en août 2018 aux éditions l’Arbalète Gallimard. Véritable critique de la société et portrait de la famille contemporaine, l’auteur nous dresse un récit, presque une confidence, dans lequel nous découvrons la vie d’une femme et de son fils dont nous ignorons tout.

Nous découvrons dès les premières lignes une famille. Une mère, célibataire, et son petit garçon âgé de deux ans. La femme, sans travail régulier et, de ce fait, sans assez d’argent pour pouvoir confier son enfant à une crèche, partage le quotidien de son petit jour après jour.

L’atmosphère oppressante, alimentée par un environnement de vie étouffant et par un regard empli de jugement, va très vite donner lieu à l’intrigue principale : Cherchant à tout prix à échapper à sa vie, l’héroïne décide de s’absenter quelques minutes après avoir couché l’enfant. Elle sort, goutte enfin à la liberté depuis bien longtemps, et, inévitablement, y prend goût.

C’est alors que lecteurs comme personnages sont plongés dans la spirale infernale du risque : jusqu’où ira-t-elle ? Va-t-il se passer quelque chose durant son absence ? Dès les premières lignes, la tension s’installe, sous-jacente, mais bien présente.

Afin d’alimenter cette dernière, deux procédés sont mis en place par l’auteure. Dans un premier temps, une comparaison omniprésente au destin tragique de la chèvre de Monsieur Seguin. Le lecteur, face à cette métaphore, ne peut alors s’empêcher de penser que la fin du livre ne présage rien de bon. Et que le suspense installé finira tôt ou tard par éclater.

Dans un second temps, une écriture alternant entre les messages d’un forum et un témoignage difficile de la vie que mènent les deux protagonistes. Peu soutenus, souvent critiqués, la société ne leur fait aucun cadeau. À tel point que l’on pourrait trouver ça caricatural, si ce n’était pas si vrai.

De plus, le récit nous met face à un questionnement très intéressant, encore très tabou : une mère peut-elle s’accorder d’être une femme ? Doit-elle donner la priorité à son enfant, quitte à s’oublier ? Si les réponses du forum sur lequel l’héroïne pose ses questions semblent l’indiquer, le ton du roman nous permet de nuancer ces propos.

« Un matin, je partirai, voilà tout. Ce n’est qu’une question de jours. Je vais tout recommencer, ailleurs, le plus loin possible. M’amuser enfin, prendre du bon temps. Mais vous ce que vous me dîtes, c’est que je devrais continuer à subir cette vie ? »

Caricatural ? Peut-être. Mais, en un sens, emprunt d’une certaine vérité.

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De ce fait, et grâce à une écriture rythmée et distancée, j’ai trouvé cette histoire particulièrement juste, et surtout très touchante. Carole Fives nous mets face à un sujet encore tabou dans notre société, celui de la famille monoparentale et de ses problématiques, et nous en parle à travers une critique bien amenée dans laquelle chacun peut se retrouver : les descriptions de la vie quotidienne, les médias utilisés et la non-identification des personnages ; tout pour nous permettre d’y voir un parallèle avec nos propres vies ou celles de nos proches. Et, peut-être, questionner notre comportement et nos jugements parfois trop rapides sur des personnes dont nous ne connaissons rien ? Dans tous les cas, une lecture qui, pour ma part, m’a fait grandement relativiser sur de nombreux sujets, et que je conseille pleinement.

Noémie

 

Tenir jusqu’à l’aube – Carole Fives

Éditions l’Arbalète Gallimard

Prix : 17€

ISBN : 9782072797392

 

J’ai perdu Albert

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« Je suis la voyante la plus en vue du pays et, depuis hier midi, je ne vois plus rien. »

Chloé est une jeune médium connue et réputée. Les chefs d’entreprise, les hommes d’état, les stars, et les généraux de l’OTAN, tous font appel à elle et ne prennent aucune décision avant de l’avoir consultée. Depuis toute petite, Chloé abrite l’esprit, tenez-vous bien, d’Albert Einstein ! Jusqu’au jour où les informations ne « passent » plus. Chloé est surmenée. Albert n’y tient plus. Sans crier gare, l’esprit d’Albert migre et se glisse dans la tête de Zac, un garçon de café et apiculteur, plutôt déboussolé.

Chloé est désemparée. Dépossédée de ses pouvoirs extra-lucides, elle va devoir dissimuler la perte de son don à ses clients. Zac ne comprend pas ce qui lui arrive. Paniqué, il est dépassé, même « happé », par cette soudaine voix intérieure terriblement envahissante. Il n’a que faire d’Albert, et ne souhaite qu’une chose : retrouver sa vie d’avant. Alors que tout les oppose, Zac et Chloé vont devoir faire équipe. Et ainsi commence un savoureux « ménage à trois », amusant à suivre.

Vous l’avez bien compris, l’intrigue du roman J’ai perdu Albert de Didier van Cauwelaert est drôle. Romantique aussi. Dans ma lecture, je me suis surprise à rire aux éclats sur certains passages. Chloé continue ses consultations en mode improvisation sans filet, sans connexion, et Zac en médium novice restitue l’information délivrée par Albert sans aucun filtre. Leur duo – pardon je veux dire trio, si on compte l’esprit d’Albert- donne lieu à des situations pleines d’humour.

Vous allez également adorer le « personnage » d’Albert, cet esprit vagabond qui revient se connecter aux vivants, les manipulant à sa guise, pour poursuivre son œuvre scientifique, et tenter de changer le monde : il travaille à « changer la vision du futur » auprès de Chloé ; il espère empêcher la disparition des abeilles, ces précieuses pollinisatrices, auprès de Zac.

Au delà de croquer les peurs et les à priori que soulèvent la médiumnité et les sciences paranormales, le livre nous emmène à la rencontre du grand scientifique. L’hommage est réussi, bien loin d’être pesant, au contraire ! Tel un film en accéléré, des morceaux choisis de sa vie défilent au cours des pages : son exil aux États-Unis, son opposition à l’interprétation probabiliste de la physique quantique (souvenez-vous de sa célèbre formule « Dieu ne joue pas aux dés », prononcée au conseil de Solvay de 1927 !), la lettre à Roosevelt qui a conduit au projet Manhattan, ses opinions anti-maccarthysmes et sa lutte contre la discrimination raciale qui lui valent la suspicion du FBI,…et il y en a d’autres ! Cette multitude de facettes de sa vie m’aura donné envie d’en lire davantage sur Albert Einstein.

L’écrivain, Didier van Cauvelaert, aux nombreux prix littéraires (dont le prix Goncourt en 1994 pour Un aller simple) est aussi scénariste et réalisateur. Dans J’ai perdu Albert, il s’était donné pour challenge de faire grandir en parallèle le roman et le film qui s’en inspire. L’adaptation cinématographique est d’ailleurs déjà sortie dans les salles en septembre dernier (malheureusement je ne l’ai pas vue dans celles de la région). Dans le rôle de Zac, on retrouve le sympathique Stéphane Plaza pour son premier rôle au cinéma. Il partage l’affiche avec Julie Ferrier, Josiane Balasko et Bernard Le Coq. Le casting semble prometteur pour pareille comédie, vous ne trouvez pas ?

Un roman divertissant, une intrigue loufoque. On bascule sans cesse du fou-rire à l’émotion. Cette comédie romantique est une lecture plaisir, qui de plus offre une jolie fin. Si le film est à l’image du livre, j’ai vraiment hâte de le découvrir !

Mais en attendant, pourquoi ne pas chercher à en connaitre un peu plus sur Albert Einstein et ses travaux : Une brève histoire du temps de Stephen Hawking ou La pensée de Dieu d’Igor et Grichka Bogdanov…mon cœur balance !

Céline

J’ai perdu Albert | Didier van Cauwelaert | Éditions Albin Michel | Mars 2018 | 19€

Bande annonce du film…pour le plaisir des yeux !